COP28 : le capitalisme vert contre l’Afrique

21 décembre 2023 par Paul Martial


Crédit Photo Forêt Mabira (Ouganda). Wikimedia Commons / Fiktube

La COP28 ouvre une course effrénée à l’accaparement des forêts africaines par des multinationales présentes sur le marché des crédits carbone.



Le marché de compensation de carbone permet à des entreprises d’acheter des permis d’émission de gaz à effet de serre. Une mesure présentée comme un moyen de ralentir le réchauffement climatique.

 Affaires juteuses

Afin d’éviter les mesures contraignantes de sortie des énergies fossiles, la COP28 mise sur les technologies et le marché de compensation de carbone. Ce dernier reçoit l’assentiment d’un large éventail d’acteurs. Ainsi les entreprises pollueuses peuvent continuer leur activité tout en proclamant leur neutralité carbone sur leurs produits ou services. Les pays d’Afrique espèrent engendrer des revenus grâce à leurs massifs forestiers, tout comme les grandes ONG versant dans le business, comme WWF en charge de la gestion de certains massifs ou Verra qui s’est proclamé garant de l’intégrité du marché de compensation de carbone.

Sauf qu’une enquête récente menée conjointement par les journaux The Guardian et Die Zeit avec l’aide d’une ONG (une vraie cette fois-ci) d’investigation, SourceMaterial, montre que les compensations carbone sont surévaluées de près de 400 %. Confirmée par une étude de Cambridge estimant que 10 % de ces projets ont un réel effet sur le ralentissement du réchauffement climatique.

 Spoliation des forêts

Dans ce nouvel eldorado du capitalisme vert les perdants sont évidemment la planète et les populations. Après avoir dilapidé la manne pétrolière en achat d’armes, en travaux de prestige et en détournement de fonds, les potentats africains voient là une nouvelle occasion de s’enrichir indûment. Le moyen utilisé est le même que pour celui de l’accaparement des terres arables. Désormais des grandes entreprises mettent la main sur les forêts. C’est le cas par exemple de l’entreprise suisse South Pole dans la région de Kariba au Zimbabwe, projet décrié pour son manque de probité.

La COP28 n’est pas seulement l’occasion pour son président le Sultan Ahmed Al-Jaber, PDG du groupe Abu Dhabi National Oil Company, de conclure des contrats pétroliers comme nous l’indique la BBC. Elle offre désormais la possibilité au Sheikh Ahmed Dalmook Al Maktoum de la famille royale de faire de bonnes affaires avec sa société Blue Carbon LLC. Ainsi il vient de signer un contrat avec le Liberia en vue de mettre la main sur un million d’hectares. Des accords similaires ont été passés avec l’Angola, le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe. Près de 25 millions d’hectares de forêt, l’équivalent de la surface du Royaume-Uni passent sous le contrôle des Émirats arabes unis. Si les contrats sont opaques, on sait que l’essentiel des revenus du marché de ­compensation reviendront à Blue Carbon.

La COP28 permettra donc aux dictatures du Golfe de continuer à vendre du pétrole et gagner de l’argent en permettant aux multinationales de se parer de vertu écologique tout en polluant. Mais que pouvions-nous attendre d’une COP dont 2 500 participantEs sont des lobbyistes de groupes pétroliers ?


Paul Martial

est animateur d’Afriques en Lutte, membre de la QI en France.