Colonisation et immigration

17 mai par Saïd Bouamama


Calais, réfugiés attendant un bateau pour l’Angleterre. Photographie de presse / Agence Rol, 1914. Source : gallica.bnf.fr / BNF

Outre la série d’analogies qu’on peut saisir entre les deux phénomènes [immigration et colonisation] – analogies d’ordre historique (l’immigration est souvent fille de la colonisation directe ou indirecte) et analogies de structure (l’immigration, actuellement, occupe dans l’ordre des relations de domination la place qu’occupait hier la colonisation) – l’immigration s’est, d’une certaine façon, érigée en système de la même manière qu’on disait que la “colonisation est un système” (selon l’expression de Sartre).

Abdelmalek Sayadi, L’Immigration ou les paradoxes de l’altérité, De Boeck Université, Paris-Bruxelles, 1997, p. 111.

Régulièrement les médias dominants proposent des « explications » des origines et causes des immigrations contemporaines, focalisées sur le « conjoncturel » [telle guerre, tel « coup
d’État », telle catastrophe naturelle, etc.]. Les facteurs systémiques et structurels sont généralement évacués avec, en conséquence, l’invisibilisation des responsabilités des grands pays industriels dominant le monde. Ceux-ci n’auraient rien à voir avec l’existence de l’expatriation forcée de millions d’êtres humains. Ils seraient même confrontés à un « problème » de l’immigration [une « crise migratoire », une « ruée », une « misère du monde » déferlant sur eux, etc.] les mettant en difficulté. De telles explications occultent les causes historiques des immigrations contemporaines et en particulier l’ampleur des destructions de la période coloniale. Elles invisibilisent tout autant le maintien sous de nouvelles formes [néocolonialisme] des dépendances économiques et politiques après les indépendances. Elles font enfin écran à la compréhension des fonctions économiques systémiques des immigrations contemporaines.

 L’immigration fille de la colonisation

La colonisation se concrétise d’abord par l’imposition des rapports capitalistes à des pays et peuples fonctionnant auparavant selon d’autres logiques. Elle vise à installer une économie extravertie dans laquelle les « périphéries » fonctionnent économiquement au service des « centres »

La colonisation n’a pas été simplement l’occupation militaire de pays et de nations. Cette occupation fut un moyen au service d’un but. Limiter la colonisation à la dimension « moyen » empêche de comprendre les conséquences du but qui perdurent et se reproduisent jusqu’à aujourd’hui. Le but de la colonisation occidentale est la destruction totale des logiques économiques [et en conséquence également politiques, culturelles, etc.] dominantes auparavant dans ces pays pour imposer une logique économique correspondant aux intérêts de l’économie du pays colonisateur et de sa classe dominante. La colonisation se concrétise d’abord par l’imposition des rapports capitalistes à des pays et peuples fonctionnant auparavant selon d’autres logiques [propriété collective de la terre, culture communautaire, économie familiale, etc.]. Cette imposition nécessite l’usage de la violence militaire, juridique, symbolique, etc., pour installer une économie extravertie dans laquelle les « périphéries » fonctionnent économiquement au service des « centres » dominants, pour reprendre le vocabulaire de Samir Amin [1].

Le monde a donc été unifié par le capitalisme mais non homogénéisé. Unifié parce que la colonisation, dès sa première phase sur le continent américain, peut se définir comme l’exportation des rapports capitalistes de production. Non homogénéisé parce que l’exportation de ces rapports s’est déroulée sous la forme d’une mise en dépendance systémique des économies des périphéries occupées à l’égard des centres dominants. Un tel processus n’est possible que par la destruction des économies précapitalistes qui étaient essentiellement agraires. La privatisation de la terre d’une part et la spécialisation des économies périphériques vers des productions agricoles et minières d’exportation d’autre part, suscitent inévitablement la destruction de l’agriculture traditionnelle. Celle-ci se traduit entre autres par la sécrétion d’une surpopulation permanente ne trouvant plus à s’employer dans les économies périphériques traditionnelles, ni dans les secteurs « modernes » coloniaux fortement industrialisés et donc nécessitant moins de forces de travail. Ces forces de travail « libérées » deviennent disponibles pour l’émigration, à l’interne de la périphérie comme à l’externe. La question migratoire fut historiquement d’abord et essentiellement une question paysanne. La question migratoire fut historiquement le résultat logique de la colonisation. « Les rapports de l’Afrique et de l’Europe, depuis les débuts, peuvent se résumer en un mot : la dépendance [2] » résume l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch.

Les immigrations en provenance de pays qui n’ont pas été colonisés relèvent de la même logique de mise en dépendance de certaines économies dominées à l’égard d’autres économies dominantes. C’est la raison pour laquelle Abdelmalek Sayad évoque, dans la citation en exergue au tout début de ce texte, les colonisations directes et indirectes. À bien des égards le Portugal, l’Italie, la Pologne, etc., ont par le passé connu des processus de mise en dépendance comparables à ceux que la colonisation imposera par la violence de manière plus étendue, plus profonde, plus structurelle et donc plus durable. C’est pourquoi on peut constater des invariances entre les immigrations du passé issues de pays n’ayant pas été directement colonisés et les immigrations postcoloniales. Mais comme l’ampleur de la dépendance imposée [et donc les destructions produites] est d’une échelle différente, nous pouvons constater également des mutations. Dans tous les cas l’immigration est fille de la colonisation mais avec des ampleurs différentes selon que celle-ci est de nature directe ou indirecte. Le maintien de la dépendance au-delà de la décolonisation marque un nouvel âge du système de domination.

 L’immigration conséquence de la dépendance

Les « indépendances » ne réalisent ni immédiatement, ni automatiquement la sortie de la dépendance. Elles peuvent également signifier le passage de la « colonisation directe » à la « colonisation indirecte » c’est-à-dire au néocolonialisme. C’est ce que souligne le leader indépendantiste et panafricaniste, Kwame Nkrumah, en proposant la définition suivante du néo-colonialisme : « L’essence du néo-colonialisme, c’est que l’État qui y est assujetti est théoriquement indépendant, possède tous les insignes de la souveraineté sur le plan international. Mais en réalité, son économie, et par conséquent sa politique sont manipulées de l’extérieur [3]. » La décolonisation n’est donc pas synonyme d’indépendance. Elle peut être le signe d’une dépendance maintenue sous de nouvelles formes.

La décolonisation n’est pas synonyme d’indépendance. Elle peut être le signe d’une dépendance maintenue sous de nouvelles formes

Les indépendances n’ont donc pas signifié la sortie de la bipolarisation impérialiste mais une mutation des outils et méthodes permettant d’imposer celle-ci. À la violence explicite et visible de la colonisation s’est substituée la violence implicite et invisible du néocolonialisme. Bien entendu lorsque les nouvelles méthodes n’ont pas suffi, le recours et le retour à la violence brute n’ont pas manqué, comme l’illustre la fréquence des interventions militaires directes ou indirectes des anciennes puissances coloniales dans les périphéries dominées. Toute l’histoire des périphéries dominées depuis les indépendances est celle de la succession et/ou du cumul des méthodes et outils d’imposition de la bipolarisation. De la structure du marché mondial imposant un marché inégal jusqu’aux Accords de partenariats économiques de l’Union européenne aujourd’hui, en passant par la « zone franc » et par le franc CFA, par les Plans d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
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, par les règles de l’Organisation mondiale du commerce OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
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, etc., cette histoire est celle de la reproduction systémique d’une division inégale du travail entre centres et périphéries. Avec la reproduction de la bipolarisation se reproduit logiquement la surpopulation et en conséquence l’émigration.

Cette invariance de la bipolarisation ne signifie pas l’absence de mutations. L’analogie avec la colonisation ne signifie pas identité totale. Au titre des mutations il convient, selon nous, d’en souligner deux, en raison de leur importance sur la sociologie des émigré·es potentiel·les. La première est l’ampleur de l’urbanisation qui est le signe à la fois d’un exode rural massif et impossible. Massif, l’exode rural l’est en raison de la longue durée de destruction de l’agriculture des pays périphériques du fait de la spécialisation de leurs économies en fonction des besoins des pays du centre dominant. Impossible, il l’est en raison de l’impossibilité pour ces ruraux déracinés de trouver à s’employer dans les emplois urbains en raison de la même spécialisation qui les a contraints à quitter leurs villages. S’entassant dans des bidonvilles, cette nouvelle population urbaine produit à son tour une surpopulation disponible pour émigrer. Ce ne sont plus seulement des ruraux déracinés qui émigrent vers l’Europe mais aussi des ruraux transitant par la ville d’une part et des urbains descendants de ruraux ayant migré lors des décennies précédentes. « Le phénomène le plus frappant est la transition urbaine croissante des immigrés : ceux-ci ne passent pas directement de l’agriculture à l’industrie des pays d’arrivée, mais transitent par les zones urbaines du pays de départ. L’émigration est donc le résultat, le prolongement d’un exode rural impossible [4] » résume l’économiste Christian Mercier.

La seconde mutation concerne les classes sociales d’appartenance des émigré·es. Jadis composée essentiellement de ruraux déracinés, de néo-urbains paupérisés puis de leurs descendant·es, l’émigration touche désormais les « couches moyennes » des périphéries dominées. De nouveau c’est la bipolarisation qui est à l’origine de la mutation. Un des mécanisme-clé contemporain de la reproduction de celle-ci fut en effet l’imposition des plans d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale. Les conditions d’accès aux prêts internationaux ne se sont pas cantonnées à leur rentabilité mais ont porté également sur des conditionnalités de nature politique. En particulier l’exigence d’un « retrait de l’État », conformément au dogme libéral sous la forme d’une conditionnalité de privatisations et d’une autre de baisse des budgets sociaux, a signifié une véritable destruction des services de santé, d’éducation, d’infrastructures de base (routes, électricité, etc.). Or ces secteurs étaient justement ceux qui employaient lesdites « couches moyennes ». Cette main-d’œuvre qualifiée, dont le coût de formation est à la charge des pays de la périphérie dominée, est destinée à s’insérer à bas coût dans des services publics des pays du centre caractérisés par des baisses de budget massives. Elle devient en quelque sorte un prolétariat qualifié pour les économies du centre.

Ces mutations de l’immigration font système avec les nouveaux besoins des économies dominantes engagées dans une nouvelle phase de mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
. Cette phase se caractérise par une délocalisation massive des entreprises qui, auparavant, rendaient nécessaire de maintenir les forces de travail sur place. Il en découle la logique de l’Europe Forteresse et les discours sur la « ruée migratoire » à contenir. Cette mondialisation déclasse les « couches moyennes » des pays dépendants. Il en découle le discours sur « l’immigration choisie » c’est-à-dire sur le « pillage des cerveaux ». Et pour les emplois non délocalisables, la mondialisation importe une main-d’œuvre sur-exploitable en la maintenant dans un statut de non-droit. Il en découle le durcissement des conditions de régularisation et le discours sur les « clandestins ». Nous sommes bien en présence d’un système de dépendance prenant le relais de la colonisation d’avant-hier et du néocolonialisme d’hier.

Article extrait du magazine AVP - Les autres voix de la planète, « Dettes & migrations : Divisions internationales au service du capital » paru en mai 2021. Magazine disponible en consultation gratuite, à l’achat et en formule d’abonnement.




Notes

[1Samir Amin, Le développement inégal. Essai sur les formations sociales du capitalisme périphériques, Minuit, Paris, 1973, 365 p.

[2Catherine Coquery-Vidrovitch, « La mise en dépendance de l’Afrique noire : essai de périodisation, 1800–1970 », Cahiers d’Etudes Africaines, n° 61-62, 1976, p. 7.

[3Kwame Nkrumah, Le néocolonialisme. Dernier stade de l’impérialisme, Présence Africaine, Paris, (1965) 1973, p. 9.

[4Christian Mercier, Les déracinés du capital. Immigration et accumulation, PUL, Lyon, 1978, p. 175.

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