Communiqué de presse

Le CADTM dénonce l’extrême marginalisation des Pygmées et le non respect de leur identité par la Banque mondiale

3 septembre 2008 par CADTM


Depuis 1994, l’Organisation des Nations unies a décidé de faire du 9 août la journée internationale des populations autochtones. Parmi celles-ci, on trouve les Pygmées de République démocratique du Congo, qui dépendent de ressources naturelles fortement liées à leur identité et leur culture. Par conséquent, ne pas tenir compte du mode de vie des Pygmées dans la gestion des forêts en RDC menace leur survie même.

C’est pourquoi le CADTM condamne avec force la politique de déforestation en RDC pilotée par la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
dont les Pygmées sont principalement victimes. En 2005, douze organisations congolaises de défense des Pygmées avaient saisi le Panel d’inspection de la Banque mondiale, chargé d’enquêter sur les éventuels manquements de la Banque à ses propres politiques internes sur l’environnement, les forêts et les populations autochtones. Le rapport rendu par le Panel en 2007 et confirmé en 2008 par le Conseil d’administration de la Banque mondiale est sans équivoque : la Banque a commis de nombreuses violations et a ignoré l’existence de la communauté pygmée, ce qui leur a causé un grave préjudice économique, social et culturel. Malgré la reconnaissance de ses fautes, la Banque mondiale ne prévoit aucune réparation pour les dommages qu’elle a causés.

Le CADTM déplore le fait que, 14 ans après le lancement de cette journée internationale de l’ONU, le peuple pygmée soit de plus en plus marginalisé. Au lieu de préserver des domaines essentiels tels que la culture, l’éducation, la santé, la priorité est donnée à l’exportation des ressources naturelles, en l’occurrence le bois tropical, sur lequel repose le mode de vie des Pygmées. Depuis plus de 25 ans, la logique défendue par la Banque mondiale, notamment à travers les plans d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
, piétine les besoins fondamentaux des populations et sert avant tout les grandes entreprises privées, ce qui provoque une forte dégradation des conditions de vie des populations, notamment autochtones.

Au moment où le gouvernement congolais procède au réexamen des contrats d’exploitation forestière en RDC, souvent entachés d’irrégularités, il est indispensable d’accorder une attention particulière aux Pygmées en imposant aux exploitants forestiers des zones concernées de suivre des règles strictes respectant l’identité des Pygmées.

Tous les acteurs nationaux et internationaux doivent respecter la Déclaration des Nations Unies sur les peuples autochtones adoptée le 13 septembre 2007 [1] qui consacre notamment le droit des peuples autochtones à l’autodétermination et prévoit dans son article 20 que « les peuples autochtones privés de leurs moyens de subsistance et de développement ont droit à une indemnisation juste et équitable ».

Conformément à cette déclaration des Nations unies, le CADTM réclame que justice soit rendue au peuple Pygmée ainsi qu’à tous les autochtones privés de leurs terres. Plus largement, Il est temps de mettre en place un modèle économique radicalement différent basé sur la satisfaction des droits humains fondamentaux de tous les peuples. Cela passe nécessairement par l’annulation totale de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, illégitime et largement odieuse, et par une nouvelle architecture financière internationale.




Notes

[1Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Résolution adoptée par l’Assemblée générale, 13 septembre 2007. - http://www.un.org/esa/socdev/unpfii/fr/drip.html

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