République tchèque : La société ne peut pas être découpée

20 avril 2013 par ProAlt


Déclaration de ProAlt – Initiatives pour la critique des réformes et pour le soutien des alternatives.

On parle du « gouvernement de la responsabilité budgétaire ». Mais c’est le gouvernement de l’irresponsabilité envers la société et la nature qui est instauré. Il est donc nécessaire que nous, citoyens et citoyennes, assumions notre responsabilité. Nous voulons clairement montrer notre désaccord, contribuer à la remise en cause des projets gouvernementaux, encourager l’activisme public et ouvrir une discussion sur les alternatives. Nous voulons montrer que la société ne peut fonctionner en faisant fi des équations économiques et d’une vision politique.

Les restrictions : un problème, et non une solution

Le gouvernement veut mettre en œuvre d’importants changements dans les domaines de la santé, de l’éducation, des retraites, du droit du travail, des services sociaux, de la science ou encore de la recherche. Cependant, nous pouvons aussi nous attendre à des impacts néfastes dans d’autres domaines tels que l’écologie, la culture ou la politique étrangère.

Plusieurs changements peuvent être irréversibles. Nous sommes confrontés à l’instauration d’un système à deux vitesses, notamment dans le domaine de la santé, avec une réduction considérable des soins garantis au plus grand nombre. De même, nous pouvons nous attendre à des restrictions massives des dépenses liées à la politique sociale et au renforcement de l’influence des entreprises privées sur les universités (jusqu’alors) indépendantes, sur le système d’assurance retraite et même sur le Ministère de l’intérieur. Il est également probable que nous assistions à la destruction progressive de l’environnement, à la restriction des droits des citoyens et à l’abandon des approches solidaires de coopération et de développement. Ces profonds changements n’ont fait l’objet d’aucune concertation, ni publique, ni même de cercles d’experts.

Ces réformes se justifient par le registre de la peur. Les menaces sans fondement d’une faillite de l’État résumée par le slogan de « péril grec », permet de tout justifier. C’est en invoquant cette menace, que des valeurs telles que la santé, l’éducation, l’environnement, le travail ou la solidarité se retrouvent réduites à des postes budgétaires. De même, la menace du retour au système communiste , instrumentalisant une peur de vingt ans, afin de décrédibiliser toute forme d’opposition.

La crise économique et financière mondiale est utilisée pour instaurer un climat de peur et d’urgence. , Mais ce qui n’est pas dit au grand jour, c’est que cette idéologie néolibérale, qui propose des solutions pour éviter ce danger, est à l’origine même du problème. Cette crise a pour fondement les dérégulations du marché et les spéculations financières non surveillées, les restrictions continues sur les biens publics, et l’importance grandissante des inégalités sociales. Ce sont ces mêmes approches politico-économiques dont le gouvernement actuel compte se servir pour sortir de la crise. Il oublie l’expérience historique qui a déjà prouvé que pour surmonter des crises économiques dans les sociétés modernes il ne faut pas diminuer les dépenses d’État ni les services publics mais plutôt les augmenter.L’ancien régime sert toujours d’excuse pour justifier le cliché que le privé est toujours meilleur que le public. C’est armé de cette devise que le gouvernement prépare son assaut sur le secteur public. C’est pourtant la privatisation qui réduit, et ce à beaucoup d’égards, les domaines où les citoyens sont considérés comme égaux, c’est elle qui confie les moyens publics entre les mains des entreprises privées, souvent liées à de vastes corruptions et autres pratiques illégales. Pourtant la morale que l’on devrait tirer des crises économiques et écologiques est que la poursuite irresponsable et non-surveillée d’intérêts privés peut provoquer une catastrophe sociale.

Redistribution inversée

On nous dit que « dans le monde présent, seule une société basée sur des ressources humaines flexibles peut survivre ». Cela sert de justification au projet de réforme du code du travail qui devrait faciliter et rendre moins coûteux les licenciements. Les personnes et les sociétés se retrouvent en concurrence les unes avec les autres. Il s’agit d’une compétition contre notre intérêt : cela entraine une dégradation de la protection sociale, des salaires, des soins et des normes écologiques, en un mot, une baisse de la qualité de vie. Cette logique réduit nos vies à une performance économique, nous devenons ainsi une matière première humaine, façonnées par l’éducation et l’expérience professionnelle pour en maximiser l’employabilité sur le marché.

On entend aussi que la redistribution serait « la rançon du succès ». Ce cliché porte en lui les questions : pourquoi devrions-nous payer pour des gens perçus comme « paresseux » , « profitant du système » ou « inaptes à s’adapter » ? De fait, supprimer la redistribution des richesses est un des objectifs principaux du gouvernement. Les dépenses liées aux services sociaux et publics ne représentent pourtant que 18.6% du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
contre 26.2% en moyenne dans l’Union Européenne.

Le financement de l’allocation chômage, présentée avant les élections comme un problème fondamental du budget de l’État, représente 0.6 % comparé à la moyenne européenne de 1.3%. Ce même gouvernement qui veut, dans le cadre de « la responsabilité budgétaire », effectuer des restrictions dans ce domaine, fait en même temps des dépenses considérables , jusqu’à 500 milliards de couronnes tchèques, dans la construction de deux autres unités de la centrale nucléaire Temelin.Et ce, alors que la République tchèque exporte déjà une grande partie de son électricité produite (13 643 gigawatt l’année dernière, soit environ 18% de la production nationale).

Le gouvernement de Topolánek a réduit le paiement des charges sociales sur les grands salaires et mis en place un système d’impôts qui favorise les riches et pénalise les classes moyennes et pauvres : un prélèvement à taux unique sur le revenu. En ce moment, le gouvernement pense à augmenter de nouveau les impôts indirects ce qui affectera davantage la classe moyenne et les pauvres. Les reformes à venir touchent encore plus les plus fragiles : les handicapés, les malades, les chômeurs, les retraités et les enfants.

La redistribution des richesses continue, mais cette fois des pauvres vers des riches.

L’exemple des pays nordiques nous montre que la vraie redistribution des richesses n’est ni un gaspillage inefficace ni simplement un moyen d’aider ceux qui en ont besoin et qu’elle ne contribue pas à la croissance du chômage. Elle contribue par contre au développement de chaque être humain indépendamment de sa condition à la naissance. Non seulement cela réduit les injustices sociales et étend la liberté de beaucoup, mais cela contribue également au développement de la société dans son ensemble.

Quelle dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
 ? Et envers qui ?

On parle d’une « dette » qu’il faut amortir pour ne pas vivre « au dépend des générations futures ». Néanmoins l’objectif des réformes proposées n’est pas d’amortir des dettes mais de les déplacer des budgets publics vers les ménages. La population sera obligée de s’endetter pour payer les frais de scolarité, les soins médicaux, et même (pour certains) les dépenses quotidiennes.

L’attaque contre les lois écologiques que préparent certains réformateurs pour relancer l’économie, conduira à la baisse de la qualité de vie des citoyens de la République tchèque, et au développement d’une nouvelle dette : celle d’un environnement naturel pollué et dégradé. Avec douze tonnes d’émissions de dioxyde de carbone par personne, une piètre gestion des ressources et des énergies et une politique de transports incohérente, la République tchèque a déjà une grande dette envers l’avenir. Un Tchèque moyen consomme deux fois plus de ressources terrestres que la moyenne des habitants de cette planète.

Ce n’est pas en mettant en retrait les politiques sociales et écologiques que nous parviendrons à rembourser nos dettes économiques et écologiques actuelles. Il faut au contraire nous libérer du diktat de la croissance.

Nous vivons dans un monde où 10 % de la population possède 85% des richesses mondiales. Le patrimoine des trois personnes les plus riches du monde équivaut à la somme des P.I.B. des 48 pays les plus pauvres. Nous vivons dans un monde de profondes inégalités sociales en terme de qualité de vie, d’opportunités et d’horizons.

En République tchèque, nous profitons pour l’instant d’une certaine protection des employés, d’un système de santé financé par la solidarité, de l’éducation supérieure publique et gratuite, et d’inégalités sociales relativement basses, qui tendent cependant à augmenter. Aux États-Unis 1 % de la population reçoit aujourd’hui pas loin de 25% du total des revenus. Le rapport de la part de ces revenus détenus par cette minorité a triplé depuis les années soixante-dix quand la politique néo-libérale a été introduite. Est-ce vraiment la direction que nous désirons prendre ?

La protestation est utile

Ne croyons pas que nous sommes impuissants face à ce gouvernement. Les hommes politiques s’appuient sur l’opinion publique. Si la société s’exprime d’une voix assez forte, elle créera une pression que les hommes politiques finiront par sentir. Ce sont les manifestations contre le « poll tax » qui ont de manière considérable contribué à la chute de la première ministre britannique Margaret Thatcher, l’idole mondiale des néolibéraux. Au tournant du XXIe siècleles protestations contre la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
économique ont poussé ses partisans dans leurs retranchements, du moins temporairement. Les grèves générales ont réussi à ‘ébranler beaucoup de régimes. Si nous sommes suffisamment actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
nous pouvons infléchir les projets du gouvernement.

Beaucoup d’acquis sociaux, écologiques et civiques, que nous considérons aujourd’hui en République tchèque comme évidents, sont le résultat d’initiatives et de mouvements civiques locaux. Toutefois beaucoup d’entre eux ont été conquis ailleurs, et, au cours de ces vingt dernières années, nous en avons bénéficié de l’étranger presque sans aucune lutte politique. Aujourd’hui il ne s’agit pas que de nous. Il est temps de contribuer activement aux protestations et aux luttes, ceci partout dans le monde, pour l’avènement de la justice sociale et la protection de la planète.

Nous fondons cette initiative pour réunir les citoyens, soutenir ou éventuellement créer les interconnexions entre les initiatives qui essaient d’aller dans la même direction. Nous voulons inclure un large spectre de contestataires. Nous voulons créer un espace où les citoyens peuvent s’exprimer sans faire partie d’un parti politique. Nous gardons notre indépendance vis-à-vis des partis politiques.

Nous créerons et publierons des analyses professionnelles, entrerons dans le débat public, organiserons et soutiendrons les manifestations et autres formes de protestation publique. Dans certains cas, tout en connaissant ses défauts, nous ne craignons pas de défendre le système actuel contre les réformes proposées. Ces défauts s’effacent face aux menaces que constituent les propositions du gouvernement. Dans beaucoup de cas nous chercherons des alternatives aux mesures proposées et à l’état actuel des choses.

Comme partout dans le monde, la solution aux problèmes économiques, sociaux et écologiques actuels n’est pas d’instaurer rapidement des recettes miracles basées sur des formules simplistes qui reflètent les intérêts de la partie la plus riche de la société. Nous n’avons pas besoin d’une autre « thérapie de choc » mais plutôt d’une discussion ouverte sur l’état actuel des choses, et sur les différentes options possibles pour construire l’avenir.

L’idéologie politique à l’origine de la crise ne sera pas à même d’y remédier. Il est nécessaire de proposer des alternatives basées sur la participation démocratique générale , sur l’équité sociale et l’écologie. Le premier pas vers ces alternatives passe par le blocage des projets du gouvernement actuel. La mobilisation du public est une exigence clé. Il est dans notre intérêt commun de s’exprimer le plus fort possible : protester et formuler des alternatives.

Vous pouvez soutenir ce programme avec votre signature sur www.proalt.cz. C’est aussi sur ce site que vous pouvez en apprendre plus sur Pro Alt. Nous serons heureux si vous vous joignez à ses activités.