Top 10 des géants de l’agrobusiness : la concentration des entreprises dans l’alimentation et l’agriculture en 2025

1er juillet 2025 par GRAIN , ETC


La publication en 2022 par ETC Group de Food Barons, littéralement « Les barons de l’agroalimentaire », révélait la concentration croissante du pouvoir des entreprises dans le système alimentaire industriel1. Elle documentait l’essor des fusions et acquisitions, l’influence croissante du capital financier, ainsi que la pénétration de la numérisation et d’autres technologies de rupture dans les chaînes d’approvisionnement des entreprises2.



Introduction

La publication en 2022 par ETC Group de Food Barons, littéralement « Les barons de l’agroalimentaire », révélait la concentration croissante du pouvoir des entreprises dans le système alimentaire industriel1. Elle documentait l’essor des fusions et acquisitions, l’influence croissante du capital financier, ainsi que la pénétration de la numérisation et d’autres technologies de rupture dans les chaînes d’approvisionnement des entreprises2.

Pendant la pandémie de Covid, puis avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, ces entreprises ont montré comment, lors de chocs ou de crises mondiales, elles pouvaient tirer parti de leur pouvoir de monopole pour engranger des profits obscènes, avec des incidences majeures sur les populations du monde entier3.

Trois ans plus tard, la guerre se poursuit en Ukraine, tandis que de nouveaux conflits et génocides font rage en Palestine, au Soudan et en République démocratique du Congo. Les États-Unis mènent une guerre commerciale mondiale, les températures mondiales atteignent des niveaux records, et des maladies à potentiel pandémique (comme la grippe aviaire) continuent de provoquer des perturbations importantes4. La situation reste plus instable que jamais et, pourtant, la concentration économique dans le système alimentaire ne cesse de progresser5.

Dans ce rapport, nous dressons un état des lieux de la concentration des entreprises dans six secteurs essentiels à l’agriculture : semences commerciales, pesticides, engrais de synthèse, machines agricoles, produits pharmaceutiques vétérinaires et génétique animale. La concentration économique s’est renforcée dans la majorité de ces secteurs, dont quatre – semences, pesticides, machines agricoles et produits pharmaceutiques vétérinaires – répondent à la définition d’un oligopole Oligopole La situation d’oligopole tient à l’interdépendance entre firmes qu’il comporte, « les firmes ne réagissant plus à des forces impersonnelles en provenance du marché, mais personnellement et directement à leurs rivales » (Pickering, 1974). L’oligopole mondial est un « espace de rivalité », délimité par les rapports de dépendance mutuelle de marché reliant le petit nombre de grands groupes qui parviennent, dans une industrie (ou dans un complexe d’industries à technologie générique commune), à acquérir et à conserver le statut de concurrent effectif au plan mondial. L’oligopole est un lieu de concurrence féroce, mais aussi de collaboration entre groupes (Chesnais, 1996). , puisque quatre entreprises y détiennent plus de 40 % du marché6. La concentration peut être encore plus forte au niveau national, comme dans le cas des engrais de synthèse. Dans le domaine de la génétique animale, où les informations accessibles au public sont rares, nous nous concentrons sur la filière de la volaille, la plus importante du secteur de la viande, et sur son niveau de concentration économique extrême de longue date.

Ce rapport met également en évidence les investissements des entreprises dans les nouvelles technologies, telles que les plateformes numériques, l’intelligence artificielle (IA) et l’édition génomique, qui devraient encore renforcer la mainmise des entreprises sur le système alimentaire. Il s’intéresse également à la manière dont ces multinationales rachètent des entreprises plus petites dans des secteurs devenus stratégiques, et forgent des alliances avec des entreprises de la Big Tech et d’autres grandes entreprises du secteur agroalimentaire afin d’étendre leur domination, depuis les semences jusqu’aux supermarchés7.

La concentration donne aux entreprises un pouvoir accru pour dicter les prix et faire pression sur les décideurs politiques. Elles peuvent utiliser ce pouvoir pour entraver la recherche scientifique, bloquer les réglementations visant à protéger la santé des populations et l’environnement, et affaiblir la participation démocratique à l’élaboration des systèmes alimentaires8. La concentration renforce leur capacité à écraser les alternatives et à garantir l’expansion d’un modèle agricole immensément lucratif pour elles, mais extrêmement destructeur pour les populations et la planète. Le système alimentaire industriel est responsable d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et constitue la principale source de pollution des sols et de l’eau et de perte de biodiversité9. Il détruit les systèmes alimentaires et les économies locales, chasse les paysannes et les peuples autochtones de leurs territoires et les contraint à migrer loin de chez eux. Il repose également sur l’exploitation massive des travailleurs et travailleuses10.

Il est urgent de prendre des mesures pour démanteler le pouvoir monopolistique de ces entreprises et redonner le pouvoir aux personnes qui produisent, transforment, distribuent et consomment l’alimentation dans le monde.


Source : Grain