Une défaite pour Trump : les Équatoriens disent « NON » à une refonte de la Constitution et au retour des bases militaires états-uniennes

24 novembre 2025 par Luis Reygada


Une large opposition s’est imposée face aux réformes proposées par référendum par le président Daniel Noboa. Un énorme revers pour sa politique néolibérale, qui contrarie aussi les plans de Donald Trump dans la région.



À la surprise générale, le président Daniel Noboa s’est incliné. 13,9 millions d’Équatoriens se sont rendus aux urnes dimanche 16 novembre et une majorité a répondu « non » aux quatre questions qui leur étaient soumises par référendum. Faut-il arrêter de financer les partis politiques avec des fonds publics ? Non : 58 %. Faut-il réduire le nombre de députés ? Non : 53,4 %. Faut-il permettre le retour des bases militaires étrangères (comprendre « états-uniennes ») en Équateur ? Non : 60,6 %. Et la question la plus importante : faut-il ouvrir un processus constitutionnel, afin de remplacer l’actuelle Constitution, élaborée sous le mandat du Rafael Correa ? Non : 61,6 %.

« Un grand triomphe pour le peuple » a réagi sur X l’ex-président socialiste (2007-2017), qualifiant d’« événement historique » la ratification citoyenne d’un texte considéré comme un des plus progressistes du monde. Adoptée en 2008, la Constitution du pays sud-américain se caractérise notamment par son rejet du néolibéralisme, sa réaffirmation du rôle de l’État et de sa fonction sociale, ses mécanismes de démocratie participative, son élargissement des droits humains ainsi que par la reconnaissance de droits octroyés à la nature.

 Un rejet des politiques sécuritaires de Noboa

« Le peuple indigné a montré sa force dans les urnes et a dit non à la destruction du pays », a déclaré Juan Andrés González, chef du groupe parlementaire de la Révolution citoyenne. De son côté, le chef de l’exécutif – qui réprimait il y a peu très brutalement une vague protestataire d’envergure – a assuré sur X qu’il allait respecter « la volonté du peuple équatorien », mais en ajoutant que le résultat de ce dimanche ne faisait que renforcer son engagement.

Sur le même thème : Équateur : « Daniel Noboa veut instaurer un néolibéralisme autoritaire », décrypte le politologue Eduardo Meneses

Alors que son pays est empêtré dans une crise sécuritaire inédite, fruit des politiques libérales et antisociales de ses prédécesseurs, Noboa mène une guerre contre les cartels de la drogue en suivant les recettes militaristes nord-américaines, inefficaces et effroyables en matière d’impact sur les droits humains. À n’en pas douter, le « non » au retour des bases militaires étrangères révèle une insatisfaction au sein de la population vis-à-vis des politiques sécuritaires du gouvernement.

Cette défaite cinglante représente le premier grand revers – en deux ans de mandat – pour le président néolibéral Daniel Noboa, mais aussi pour les États-Unis, dont il est devenu le plus proche allié régional.

 Une défaite pour Noboa… et pour Trump

En effet, avec le taux d’homicides le plus élevé de l’histoire du pays mais aussi d’Amérique latine, la lutte contre la criminalité organisée est utilisée comme prétexte pour tenter d’imposer des réformes néolibérales, sous les auspices du Fonds monétaire international. Mais aussi des États-Unis, qui applaudissent des deux mains sa volonté d’approfondir la coopération sécuritaire entre les deux pays, avec le souhait formulé par Noboa de voir les troupes nord-américaines revenir en Équateur, ce que l’actuelle Constitution rend impossible.

Sur le même thème : « En Amérique latine, les stratégies de ’’guerre contre la drogue’’ n’ont jamais résolu le problème du narcotrafic »

Le rejet de ce retour, exprimé ce dimanche, empêche – pour le moment – le Pentagone de se réinstaller dans son ancienne base de Manta, sur la côte Pacifique. Une défaite pour les faucons de Washington, dans un contexte de très forte tension en Amérique latine, suite à l’impressionnant déploiement militaire américain en mer des Caraïbes pour menacer le Venezuela.

Dans ce contexte d’ingérence croissante de la part des États-Unis, « les électeurs équatoriens ont choisi de distancier leur pays de la militarisation croissante de la prétendue guerre « contre la drogue » » invoquée par Washington, analyse le think-tank CEPR, fustigeant « une campagne (militaire) régionale qui a entraîné des violations des droits humains, des victimes civiles et peu de succès dans la lutte contre le trafic de stupéfiants ».


Source : l’Humanité

Luis Reygada

Journaliste à l’Humanité