Presse internationale

Zambie : Construire des résistances aux politiques du FMI

2 avril 2006 par The Post


Il semblerait que chaque chose de la vie arrive en son temps. Qui pourrait imaginer un représentant du monde des affaires zambien critiquer les politiques du Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

Cliquez pour plus.
(FMI), de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
ou d’autres institutions multilatérales ?

Durant des années, nos hommes d’affaires zambiens ont supporté les politiques et programmes du FMI. Ils étaient les premiers à encourager le gouvernement d’accepter les conditionnalités du FMI. Ils ne critiquèrent ouvertement aucune politique ou aucun programme du FMI. Ils soutinrent toutes les politiques et tous les programmes du FMI, y compris les privatisations. Il y a des raisons pour cela. Premièrement, certains d’entre eux furent conduits par erreur à penser que leurs affaires bénéficieraient de ces politiques et programmes. Ils ne pensèrent jamais que ces programmes les affecteraient de la même manière qu’ils affectaient les travailleurs et les pauvres. Ils pensèrent qu’il leur serait facile de faire des affaires avec les entreprises multinationales.

Certains d’entre eux pensèrent qu’ils allaient être embauchés comme agents par les entreprises multinationales ou qu’on allait leur proposer de siéger dans leurs conseils d’administration et qu’ils allaient recevoir d’importantes indemnisations de présence. Mais ceci ne s’est pas produit. Très peu de nos hommes d’affaires ont profité de transactions avec les entreprises multinationales. Ce n’est plus uniquement le travailleur qui est affecté par les politiques et programmes du FMI, mais aussi l’homme d’affaires qui en ressent désormais les effets. Si le travailleur n’est pas heureux et l’homme d’affaires n’est pas heureux, alors qui profite des politiques et programmes du FMI ? Où repose le succès de ces programmes si ce n’est auprès des hommes d’affaires et des travailleurs ?

La vérité, c’est que ces politiques sont un échec et qu’il est grand temps que nos hommes d’affaires et nos travailleurs - en lien avec notre gouvernement - commencent à travailler à des politiques et des programmes alternatifs. Cependant, ce n’est pas chose facile car les conditionnalités auxquelles nous sommes soumis par le FMI ne le permettent pas. Nous sommes tenus de suivre leurs prescriptions au risque de nous exposer à du chantage. Ne pas suivre les conditionnalités du FMI signifie ne pas avoir accès aux financements, même de la part des donneurs bilatéraux. Nous sommes obligés d’obtenir une l’aval du FMI avant que quiconque ne puisse traiter avec nous. Cela signifie que notre gouvernement ne peut pas prendre d’initiatives indépendantes pour développer notre économie. Nous devons faire ce que le FMI veut. Néanmoins, quand nous essayons de résister, on nous dit que nous pouvons faire ce que nous voulons en tant que nation libre mais que nous devons prendre en considération les conséquences de nos décisions. On nous dit de gérer nos affaires avec prudence. Mais si l’on analyse ce que cela signifie, on comprend vite que, en réalité, agir prudemment signifie suivre à la lettre les conditionnalités du FMI.

On nous dit aussi que ces conditionnalités ne sont pas imposées à notre pays ; elles sont le fruit de négociations. Mais que peut vraiment négocier avec le FMI un gouvernement comme le nôtre, qu’ils ont autant affaibli et sapé ? Les conditions de la négociation ne sont pas égales, il n’y a pas de terrain de jeu équitable.

Finalement, le FMI obtient satisfaction invariablement. Il n’y a aucune démocratie dans la façon avec laquelle le FMI traite avec nous. En réalité, il est impossible pour un gouvernement de suivre les politiques et programmes du FMI et de demeurer démocratique. Cela parce que, pour qu’un gouvernement applique les politiques et programmes du FMI, il doit arrêter d’écouter les souhaits et les pleurs de son peuple ; le gouvernement doit être prêt à utiliser ses instances répressives contre la population chaque fois qu’elle essaie de défier ces politiques.

Notre peuple, y compris la communauté des affaires et même en fait notre propre gouvernement, ne joue pas de rôle véritable ni significatif dans l’élaboration de ces politiques et programmes. Il n’est pas inhabituel d’entendre nos leaders politiques prétendre, sans aucun embarras, être à l’origine de ces politiques et programmes.

L’ancien Président Frederick Chiluba prétendait même qu’il vénérait ces politiques le matin, le midi et le soir. Notre pays sera dans l’impossibilité de faire un quelconque progrès, véritablement significatif, tant que sa destinée économique sera abandonnée aux mains des bureaucrates du FMI. Nul ne peut nier que le FMI et la Banque mondiale emploient des individus hautement diplômés. Mais ce sont des individus qui n’ont pas de responsabilité politique ni sociale, qui n’ont été élus par personne et qui n’ont d’obligation Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
envers nul autre que leurs employeurs.

Et, de plus, ce sont des individus qui n’ont jamais rien géré - pour la plupart, même pas un village ou un salon de thé. Ils doivent tout aux salaires gigantesques qu’ils reçoivent de ces institutions. Certains d’entre eux savent même que les politiques qu’on leur demande d’imposer à nos pays ne font aucun bien mais causent beaucoup de dommages et de souffrances cachées à nos peuples. Mais comme Judas Iscariot, peu d’entre eux ont fait preuve de conscience. Oui, nous en avons quelques uns qui ont dénoncé les politiques et programmes de ces institutions après avoir quitté leur emploi.

Et comme l’a correctement observé Basinati Mpepo, notre gouvernement doit rendre plus de comptes au FMI et à la Banque mondiale qu’à nous. Ce que le FMI et la Banque mondiale lui ont demandé, il l’a mis en place alors même que la grande majorité de la population s’y opposait. Un exemple de cela est la privatisation de la Banque Nationale de Commerce de Zambie. Le FMI et la Banque mondiale ont insisté sur la privatisation de cette banque comme élément de leurs conditionnalités. Le peuple zambien s’est fortement opposé à cette privatisation. Même les membres de notre Parlement ont voté en masse contre la privatisation de cette banque. Même le Président de notre pays - Levy Mwanawasa - est un opposant reconnu à la privatisation de cette banque. Mais c’est l’argent qui dicte sa loi et le FMI qui mène le jeu ; sa volonté sera faite - la Banque Nationale de Commerce de Zambie est sur le point d’être privatisée. Où est la démocratie dans tout ça ? Où sont les règles de l’autodétermination ? Qui sont les décideurs ultimes dans notre pays ? La réponse est catégorique : le FMI et la Banque mondiale.

Mais sans aucune honte, des représentants du FMI et de la Banque mondiale viennent ici et prêchent la bonne gouvernance et la démocratie à nos oreilles et à celles de nos leaders. De quelle démocratie parlent ces gentlemen quand ils peuvent soumettre une nation entière et ses dirigeants à une telle humiliation ? Quelles décisions économiques nous laissent-ils prendre, nous-mêmes et nos dirigeants économiques, quand presque toutes les décisions clés sont prises par eux - directement ou indirectement ?

Il est bon que des personnes issues du monde des affaires ou de la société civile en général commencent à se réveiller à la réalité des conditions de vie sous les chaînes de l’impérialisme du FMI et de la Banque mondiale et commencent à s’en indigner. Lentement mais sûrement, notre peuple commence à prendre conscience de ses relations avec la Banque mondiale et le FMI. Il va bientôt commencer à inventer des politiques et programmes pour résister et combattre cette soumission, et commencer à prendre réellement le contrôle de la destinée économique de notre pays. C’est inévitable. Nous n’avons d’autres choix que la lutte si nous voulons nourrir l’espoir de survivre et de prendre pleinement contrôle de la destinée économique de notre pays.

Néanmoins, ceci plaide pour une unité au sein de notre peuple - les hommes d’affaires et leurs organisations, les travailleurs et leurs syndicats, les organisations de la société civile et nos hommes politiques ont besoin de marcher côte à côte.




Publié le 16 mars 2006 par le journal zambien « The Post » (Lusaka).

Traduction : Aurélie Vitry (CADTM Orléans)