Garantie de la Coface pour le charbon d’Afrique du Sud : une honte pour la France

30 mars 2010 par Les Amis de la Terre


En toute discrétion, la Coface a décidé la semaine dernière d’apporter une garantie au projet de centrale thermique à charbon de Medupi en Afrique du Sud. Cette centrale émettra à elle seule l’équivalent de 5 % des émissions françaises. Elle contribuera à l’aggravation de la pauvreté des Sud-Africains, en bénéficiant uniquement à un secteur industriel largement contrôlé par des multinationales occidentales. La France soutient ce projet en raison de l’implication d’Alstom dans la construction de la centrale. Cette décision révèle un mépris total du Gouvernement pour ses engagements en matière climatique et pour les protestations de la société civile sud-africaine.

En dépit des demandes des Amis de la Terre, et de la mobilisation de 65 organisations sud-africaines et de plus d’une centaine d’ONG dans le monde contre le projet, la Coface, l’agence publique de crédit aux exportations française, a décidé de prendre en garantie pour le compte de l’Etat français le projet de centrale à charbon de Medupi de l’entreprise sud-africaine Eskom. Alstom est l’un des contractants.

La centrale émettra 25 millions de tonnes de CO2 par an et entraînera des pollutions majeures au soufre et au mercure. Elle implique aussi l’ouverture de 40 nouvelles mines de charbon pour l’alimenter.

Anne-Sophie Simpere, chargée de campagne Finance publique aux Amis de la Terre, explique : « Cette centrale est une catastrophe environnementale et climatique. Pire : elle vise à fournir de l’électricité à des multinationales comme BHP Billiton ou Anglo American Corporation, elles-mêmes très polluantes. Quatre mois après le sommet de Copenhague, le soutien de la France à un tel projet décrédibilise totalement notre pays en matière environnementale. Il est scandaleux d’investir l’argent public dans des projets aussi destructeurs. »

La société civile sud-africaine rejette le projet non seulement à cause de ses impacts écologiques, mais aussi parce qu’il va aggraver la pauvreté dans le pays. En effet, les industries basées en Afrique du Sud bénéficient de tarifs artificiellement bas pour l’électricité, en raison d’accords inéquitables signés à la fin de l’apartheid. Ainsi, le coût de production de l’électricité pèse de façon disproportionnée sur la population, et non sur les grosses entreprises consommatrices. Ainsi, pour rembourser l’investissement que représente la centrale de Medupi, Eskom a déjà annoncé une augmentation de 25 % par an des tarifs de l’électricité pour les particuliers.

Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre, commente : « L’Etat français qui garantit le projet dans l’intérêt d’Alstom, donne l’image d’une France qui soutient un système injuste, anti-écologique, au bénéfice des riches multinationales, et pesant sur les plus pauvres. »

Le 8 avril 2010, la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
sera amenée à examiner un prêt pour le même projet. Les Etats-Unis ont déjà annoncé qu’ils s’abstiendraient. Suite à la décision de la Coface, la position de la France semble mal engagée. Les Amis de la Terre demandent à Nicolas Sarkozy de saisir cette dernière chance de se montrer cohérent avec ses engagements, et de voter contre pour le prêt de la Banque mondiale à la centrale de Medupi.

Contact presse :
Caroline Prak - Les Amis de la Terre
06 86 41 53 43




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