L’endettement rural est une question ancienne et nouvelle dans les études agraires critiques. D’un côté, le phénomène a été discuté depuis plus d’un siècle dans les analyses marxistes du monde rural. Mais de l’autre, l’endettement rural n’a jamais occupé une place centrale dans les études agraires critiques – même s’il a atteint des niveaux inégalés dans le monde entier et s’il est au cœur de nombreux mouvements ruraux, comme par exemple en Inde où des manifestations contre l’endettement ont eu lieu presque sans interruption depuis au moins dix ans.
Il est probable que l’accent mis par Marx sur les rapports entre patrons et salariés explique pourquoi le couple crédit/dette
Dette
Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
n’a pas reçu l’attention théorique qu’il méritait dans les études agraires critiques. De nombreuses études de cas se sont concentrées sur la dette en tant qu’instrument de domination et comme facteur d’inertie économique, négligeant ainsi d’autres aspects importants de ce phénomène multidimensionnel appelé « endettement rural » ou « dette paysanne ». Dans ce texte, qui résume mes travaux antérieurs sur le sujet, j’essaierai d’élargir la compréhension de la question, et je m’intéresserai tout particulièrement à ses conséquences (Gerber 2013, 2014, 2015 ; Gerber et al. 2021). J’espère ainsi montrer que les conséquences de l’endettement rural, prises dans leur ensemble, peuvent être considérées comme un facteur crucial de l’évolution du capitalisme à différents niveaux.
L’endettement rural n’est certainement pas un phénomène nouveau. Il est en fait concomitant à l’apparition de la monnaie et a même probablement ouvert la voie à sa création (Graeber 2011). Le phénomène était répandu dans les civilisations du Proche-Orient ancien, en Grèce et dans l’Empire romain, ainsi qu’en Chine et en Inde. Il était également présent dans l’Europe médiévale.
Mais dans la seconde moitié du XVIe siècle, après de nombreuses controverses politico-éthiques, un nouveau facteur est apparu dans le paysage post-médiéval de la plupart des pays d’Europe occidentale : les prêts à intérêt ont commencé à être légalisés et protégé par la loi. La moralité de la perception d’un intérêt a été reléguée à la conscience individuelle et l’État a largement cessé d’entraver l’« usure » (Jones 1989). Bien qu’il existe de grandes différences entre les différentes régions, le recours au crédit est devenu une pratique courante dans la société (Muldrew 1998 ; Fontaine 2008). Le contexte général était favorable, caractérisé par l’émergence de nouveaux rapports de propriété, une urbanisation rapide et l’augmentation de la taille de la population. L’endettement généralisé – tant rural qu’urbain – semble donc étroitement lié à la naissance et à la diffusion du capitalisme.
Tandis que les États (en cours de consolidation) et les autorités coloniales ont remplacé les impôts en nature et en travail par des impôts en espèces, le système fiscal a joué un rôle clé en poussant les paysans à s’endetter (jusqu’à récemment, car aujourd’hui, ironiquement, les dettes permettent souvent aux agriculteurs de payer moins d’impôts). Parallèlement, des dettes ont également été contractées à des fins d’investissement. Dès le XVIIe siècle, les paysans français ont eu recours à des prêts pour améliorer leurs rendements agricoles, et il semble que cette pratique ne se soit pas limitée uniquement aux agriculteurs plus riches. (Hoffman 1996 ; Postel-Vinay 1998). Cette observation corrobore l’hypothèse selon laquelle le capitalisme avait déjà pris racine dans l’Europe rurale occidentale. Par le crédit, les paysans moyens ont dû investir de manière productive afin de préserver l’indépendance de leurs exploitations familiales dans des conditions de concurrence marchande grandissante (Kriedte et al. 1981).
Dans le prolongement de ces anciennes tendances, la dépendance des agriculteurs envers le crédit s’est considérablement accrue avec la généralisation des monocultures de rente ne générant des revenus que de manière intermittente. De nombreux paysans ont été obligés d’emprunter pendant les saisons improductives. Les paysans orientés vers la subsistance, en revanche, avaient élaboré des polycultures complexes fournissant de la nourriture tout au long de l’année. Mais même dans ces cas, une mauvaise récolte pouvait rendre les créanciers à nouveau indispensables. La « révolution verte » des années 1960 a typiquement exacerbé la dépendance envers le crédit pour l’achat de semences et d’intrants Intrants Éléments entrant dans la production d’un bien. En agriculture, les engrais, pesticides, herbicides sont des intrants destinés à améliorer la production. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette, les meilleurs intrants sont réservés aux cultures d’exportation, au détriment des cultures vivrières essentielles pour les populations. .
Aujourd’hui, l’endettement s’est répandu dans pratiquement tous les coins du monde, et le crédit est encore souvent considéré comme le principal instrument du développement rural. Différentes formes de politiques de crédit ont été privilégiées en fonction de l’évolution des contextes idéologiques. Depuis les années 1980, on assiste à un glissement général des subventions rurales financées par l’État vers des approches plus financiarisées, y compris par le biais de la « microfinance » rurale. Dans le cadre de ce « nouveau paradigme », l’attention s’est déplacée de la production de l’emprunteur vers les rendements du prêteur, et l’objectif a souvent été de « moderniser » l’agriculture via l’implication de l’agro-industrie et les nouvelles (bio)technologies.
Si le crédit peut permettre, sans épargne préalable, de projeter son imagination dans des améliorations futures – un potentiel puissant qui explique pourquoi le crédit a une telle force d’attrait (Steppacher 2008) – il représente simplement pour la plupart la possibilité de maintenir une « vie normale » dans un cadre institutionnel donné avec des valeurs spécifiques et des relations de pouvoir inégales. Cette « vie normale » consiste à pouvoir manger, produire, payer des impôts et couvrir les événements fondamentaux du cycle de vie tels que mariages, enterrements, logement, soins de santé et éducation. Mais quelles que soient les circonstances, le crédit est aussi une dette, et ceci a des conséquences.
Le nombre relativement restreint d’études qui abordent – généralement en passant – les implications de l’endettement rural peut être divisé en quatre camps. Les « stagnationnistes » mettent l’accent sur les effets générateurs de pauvreté et de stagnation de l’endettement rural (par exemple, Kriedte et al. 1981), tandis que les « entrepreneuriaux » soulignent l’amélioration de la production basée sur le crédit et le sens des affaires qui y est associé (par exemple, Hoffman 1996). Les « culturalistes » ont souligné le passage progressif d’une « économie morale » ancrée dans les pratiques locales de prêt à un système impersonnel de crédit formel à grande échelle (Muldrew 1998 ; Fontaine 2008 ; Graeber 2011). Enfin, tout en reconnaissant de tels changements, le camp marxiste a mis l’accent sur l’exploitation et l’effet de différenciation sociale du couple crédit/dette (Kautsky 1900 [1899] ; Lénine 1967 [1899]).
Bien que Marx se soit largement concentré sur la relation employeur/employés, il a clairement souligné que la plus-value
Plus-value
La plus-value est la différence entre la valeur nouvellement produite par la force de travail et la valeur propre de cette force de travail, c’est-à-dire la différence entre la valeur nouvellement produite par le travailleur ou la travailleuse et les coûts de reproduction de la force de travail.
La plus-value, c’est-à-dire la somme totale des revenus de la classe possédante (profits + intérêts + rente foncière) est donc une déduction (un résidu) du produit social, une fois assurée la reproduction de la force de travail, une fois couverts ses frais d’entretien. Elle n’est donc rien d’autre que la forme monétaire du surproduit social, qui constitue la part des classes possédantes dans la répartition du produit social de toute société de classe : les revenus des maîtres d’esclaves dans une société esclavagiste ; la rente foncière féodale dans une société féodale ; le tribut dans le mode de production tributaire, etc.
Le salarié et la salariée, le prolétaire et la prolétaire, ne vendent pas « du travail », mais leur force de travail, leur capacité de production. C’est cette force de travail que la société bourgeoise transforme en marchandise. Elle a donc sa valeur propre, donnée objective comme la valeur de toute autre marchandise : ses propres coûts de production, ses propres frais de reproduction. Comme toute marchandise, elle a une utilité (valeur d’usage) pour son acheteur, utilité qui est la pré-condition de sa vente, mais qui ne détermine point le prix (la valeur) de la marchandise vendue.
Or l’utilité, la valeur d’usage, de la force de travail pour son acheteur, le capitaliste, c’est justement celle de produire de la valeur, puisque, par définition, tout travail en société marchande ajoute de la valeur à la valeur des machines et des matières premières auxquelles il s’applique. Tout salarié produit donc de la « valeur ajoutée ». Mais comme le capitaliste paye un salaire à l’ouvrier et à l’ouvrière - le salaire qui représente le coût de reproduction de la force de travail -, il n’achètera cette force de travail que si « la valeur ajoutée » par l’ouvrier ou l’ouvrière dépasse la valeur de la force de travail elle-même. Cette fraction de la valeur nouvellement produite par le salarié, Marx l’appelle plus-value.
La découverte de la plus-value comme catégorie fondamentale de la société bourgeoise et de son mode de production, ainsi que l’explication de sa nature (résultat du surtravail, du travail non compensé, non rémunéré, fourni par le salarié) et de ses origines (obligation économique pour le ou la prolétaire de vendre sa force de travail comme marchandise au capitaliste) représente l’apport principal de Marx à la science économique et aux sciences sociales en général. Mais elle constitue elle-même l’application de la théorie perfectionnée de la valeur-travail d’Adam Smith et de David Ricardo au cas spécifique d’une marchandise particulière, la force de travail (Mandel, 1986, p. 14).
est appropriée à la fois par les propriétaires du capital qui reçoivent le profit de l’entreprise et par ceux qui perçoivent les intérêts (Marx 1992 [1894], ch. 23). Pour lui, le capital circulant (y compris le crédit) et le capital de production représentent les deux piliers constitutifs du capitalisme. Dans son analyse inachevée du système de crédit, Marx s’est principalement concentré sur les relations intercapitalistes au sein d’un système bancaire (relativement) moderne, mais il a également étudié (quoique de manière sommaire) l’endettement rural (qu’il a appelé « usure »).
Très brièvement, Marx considérait l’usure comme un facteur – parmi d’autres – « contribuant à l’établissement du nouveau mode de production en ruinant le seigneur féodal et le petit producteur, d’une part, et en centralisant les conditions de travail sous forme de capital, d’autre part » (1992 [1894], 732). Dans ce phénomène de « centralisation », le producteur paie au capitaliste son surplus de travail sous forme d’intérêts et ce processus d’exploitation empêche le producteur, selon Marx, d’améliorer la productivité et les conditions technologiques.
Par la suite, certains analystes marxistes du monde rural ont développé ces observations. Kautsky (1900 [1899]) a identifié l’endettement rural comme le mécanisme clé aliénant les paysans de leurs moyens de production, soulignant, comme Marx, l’effet contre-productif de l’endettement sur le développement des forces productives. Lénine et Chayanov, peor leur part, ont tous les deux noté que l’une des principales conséquences du crédit moderne est la différenciation sociale induite au sein des communautés précapitalistes. Lénine (1967 [1899]) a clairement souligné les deux potentiels du crédit : non seulement l’effet de stagnation de la dette, mais aussi la croissance économique associée au crédit. Selon lui, l’émergence du capitalisme agraire a donné naissance à deux types de dettes : l’une était un signe de précarité, l’autre d’une consolidation et d’une capitalisation croissantes.
Parmi les auteurs plus récents, Banaji (1977) et Roseberry (1978) ont principalement mis à jour ces observations avec des données de terrain supplémentaires. Ils ont illustré l’idée que le capital usurier est la forme stratégique du capital circulant dans de nombreuses zones rurales – représentant sans doute une forme distincte de « rapport de production » – parce que les paysans sont de plus en plus dépendants du crédit pour reproduire leurs ménages. La notion de « compression de reproduction simple » de Bernstein (1979) développe des idées similaires. Extrêmement vulnérables aux exigences externes et aux conditions écologiques, les paysans pauvres deviennent de plus en plus dépendants du crédit, hypothéquant souvent leurs terres. Ils peuvent finalement devenir des ouvriers à part entière s’ils ne parviennent pas à générer des revenus suffisants en fournissant de la main-d’œuvre (bon marché) et/ou des produits de base.
Dans ce contexte souvent caractérisé par une « imbrication contractuelle », Bhaduri (1983) a montré que l’endettement rural donne lieu à un système d’exploitation de « commerce forcé ». Plus récemment, Brass (1999) a soutenu que le travail non libre – généralement rendu possible par l’endettement – n’est pas seulement compatible avec le capitalisme, mais qu’il constitue sa relation de production de choix lorsque la lutte des classes le permet. L’endettement conduit donc, écrit-il, à une « déprolétarisation » de la main-d’œuvre (c’est-à-dire à son passage du statut de travailleur libre à celui de travailleur non libre).
En m’appuyant sur ces interventions, j’essaierai ci-dessous de systématiser leurs implications, en incluant également des éléments tirés d’études sur le crédit/endettement rural qui pourraient être classées comme « stagnationnistes », « entrepreneuriales » ou « culturalistes ».
Endettement et reconfigurations de la propriété et du travail
La reconfiguration de la propriété foncière par l’endettement, en particulier sa concentration, est une conséquence bien connue de l’endettement rural. Le déclin du petit propriétaire et la montée en puissance du travailleur sans terre ont été l’un des thèmes les plus importants de l’historiographie européenne postmédiévale. Si la grande majorité des études reconnaissent le rôle de la dette dans la concentration des terres, rares sont celles qui abordent la question en détail. Celles qui s’y intéressent tendent à révéler l’ampleur du phénomène. Les effets de ces processus liés à l’endettement semblent comparables – et même plus puissants dans de nombreuses régions – à ceux des différents « mouvements d’enclosure ».
Dans l’ensemble, cependant, ces processus restent difficiles à évaluer – à la fois historiquement et aujourd’hui – car ils laissent souvent la trace écrite de ventes de terres « volontaires » standards, occultant ainsi le fait que le propriétaire a été contraint de vendre pour rembourser ses créanciers. Mais il est certainement justifié de reconnaître que les reconfigurations de la propriété induites par le crédit et la dette ont été des mécanismes centraux de la différenciation sociale.
Bien entendu, au lieu d’être remboursés ou d’accumuler des actifs
Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
, les créanciers peuvent préférer rester des collecteurs d’intérêts. C’était par exemple le cas dans la France du début de l’époque moderne, où les dettes à long terme constituaient la principale source de crédit dans une grande partie du monde rural (Postel-Vinay 1998). Ces dettes à long terme consistaient en des rentes perpétuelles et viagères que les prêteurs disposant de fonds supplémentaires « achetaient » à des personnes ayant besoin d’argent. Les débiteurs payaient ensuite des intérêts sur le capital, soit « à perpétuité », soit jusqu’au décès du créancier – un phénomène qui s’applique également aux banques modernes.
De la même manière, les créanciers peuvent chercher à contrôler le plus longtemps possible le travail du débiteur. Ces mécanismes peuvent prendre différentes formes et ont été observés pratiquement partout. Dans le monde rural asiatique, Li (2010, 387) a constaté que « le principal mécanisme par lequel les détenteurs de capitaux ont pu profiter du travail des populations rurales, et le principal vecteur de dépossession bien avant l’introduction de l’agriculture industrialisée, a été l’endettement ... L’endettement fait des propriétaires fonciers nominalement indépendants des locataires, disciplinés par la nécessité d’obtenir de nouveaux prêts et la menace d’une saisie ». Certains chercheurs ont qualifié cette situation de prolétarisation « cachée », « partielle » ou « déguisée » (Banaji 1977 ; Little et Watts 1994).
L’une des formes classiques de contrôle de la main-d’œuvre est l’avance sur les ventes, mais de nombreuses variantes de la servitude pour dettes ont été décrites, y compris de nombreux mécanismes visant à maintenir les travailleurs dans une situation de dette perpétuelle vis-à-vis de leurs créanciers, parfois sur plusieurs générations (Brass 1999). Le crédit de sous-traitance peut être considéré comme une forme moderne de contrôle du travail par l’endettement (Little et Watts 1994). Dans ce modèle, les entreprises fournissent typiquement des conseils techniques et de gestion pour accroître la productivité et assurer les remboursements, et leur principal avantage est de minimiser les coûts en supprimant la nécessité d’acheter des terres et d’embaucher de la main-d’œuvre. Contrairement aux banques, ces entreprises peuvent prélever un intérêts directement sur le prix des récoltes et s’assurer que le crédit sera consacré à la production en distribuant des prêts en nature ou sous forme de bons.
Cependant, les effets de l’endettement rural ne doivent pas simplement être compris comme un processus par lequel le débiteur pauvre est expulsé/exploité par les créanciers riches. En réalité, l’endettement concerne également les élites et les capitalistes. Leurs propres dettes ont modifié de manière cruciale les relations de propriété afin de maintenir leur solvabilité, notamment par l’expansion des terres (y compris l’impérialisme) et par la sélection des locataires les plus rentables. Les dettes ont poussé de nombreux propriétaires terriens à accaparer des terres dans le but de générer des revenus supplémentaires pour rembourser leurs créanciers (Habakkuk 1994). En d’autres termes, les relations de crédit et d’endettement peuvent générer une différenciation sociale dans toutes les classes rurales, et pas seulement parmi les pauvres ou les couches moyennes.
Bien que les relations de crédit/dette soient antérieures au capitalisme, ce dernier leur a offert un terrain particulièrement fertile, amplifiant leurs impacts à la fois quantitativement et qualitativement. Le crédit et la dette sont en fait devenus un élément central des « rapports sociaux de propriété capitalistes », définis par Brenner (1982) comme des rapports particulier de classe qui génèrent un impératif d’accumulation par le biais de la dépendance au marché. Les relations de crédit/dette, dans ce sens, sont donc clairement plus qu’un simple « assistant » à la naissance du capitalisme (Marx). Elles ont été un levier essentiel dans la transition du marché comme opportunité au marché comme contrainte, comme nous le verrons plus loin.
Endettement et reconfigurations comportementales
Une fois qu’un acteur économique – qu’il soit riche ou pauvre – a conclu un contrat de crédit assorti d’intérêts et de garanties
Garanties
Acte procurant à un créancier une sûreté en complément de l’engagement du débiteur. On distingue les garanties réelles (droit de rétention, nantissement, gage, hypothèque, privilège) et les garanties personnelles (cautionnement, aval, lettre d’intention, garantie autonome).
, il est contraint (à des degrés divers) de penser et de se comporter d’une manière spécifique afin d’assurer que ses prêts seront remboursés dans les délais (Steppacher 2008). Le débiteur doit fondamentalement se concentrer sur la demande potentielle des détenteurs d’argent. Il est contraint de produire des marchandises qui, dès le départ, ne sont pas destinées à la consommation personnelle mais à l’obtention d’argent. En outre, le taux d’intérêt
Taux d'intérêt
Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5 millions de dollars, donc en tout 15 millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
impose au débiteur une valeur de production qui doit être supérieure au principal, ce qui nécessite une croissance économique (Heinsohn et Steiger 2013).
L’expansion du crédit dans l’Angleterre des XVI and XVIIe siècles est remarquablement corrélée à la montée d’une mentalité plus commerciale. Habakkuk (1994, 315) a écrit qu’« il y a de bonnes raisons de supposer que la dette a stimulé le développement » (« développement » signifiant ici l’augmentation de la productivité, des activités commerciales et de l’industrialisation). Muldrew (1998, 95) écrit pour sa part que « c’est surtout le crédit qui a dominé la manière dont le marché a été structuré et interprété ». Selon lui, le crédit a imposé à tous les membres de la société des contraintes nouvelles et similaires. Au départ, en l’absence d’un système juridique pleinement opérationnel, les gens devaient faire confiance à ceux avec qui ils traitaient. Les paroles devaient être autant que possible honorées. Le crédit étant un impératif, les gens gardaient donc constamment un œil sur leur réputation, surveillant leur conduite pour éviter de se faire une mauvaise réputation (Finn 2003). On assiste à cette époque à un torrent de littérature morale mettant en garde contre les dangers d’une vie « prodigue » et encourageant les gens à la discipline pour garantir les paiements. Au début du XVIIIe siècle, Daniel Defoe écrivait qu’un gouvernement, un homme d’affaires, un paysan ou un ouvrier ne pouvaient gérer correctement le crédit qu’en adoptant un modèle spécifique de « bons comportements », caractérisé notamment par une attitude calculatrice et industrieuse (Hoppit 1990).
Pour la plupart des emprunteurs, faire défaut n’est pas un problème mineur. Jusqu’au dix-neuvième siècle, l’emprisonnement n’était pas rare, et l’esclavage et la prostitution sont des conséquences classiques de l’endettement (Graeber 2011). Aujourd’hui, la vente de biens immobiliers ou la saisie sont les moyens les plus fréquents de recouvrer une dette impayée, ce qui a conduit à d’innombrables suicides dans le monde entier, et pas seulement en Inde. Il ne fait aucun doute que de telles pressions incitent les débiteurs à travailler dur et à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour rembourser leurs emprunts dans les délais. La première chose que font les paysans endettés est d’appliquer une sorte de « programme d’ajustement structurel » à leur exploitation en intensifiant la production, en s’engageant davantage dans les activités commerciales, et en s’enrôlant temporairement dans le salariat (Gerber 2013). L’endettement rural n’est donc pas seulement un facteur de stagnation.
De ce point de vue, la croissance économique ne résulte pas simplement de « désirs illimités » ou d’une « volonté innée de profit » rendue possible par le crédit à l’investissement ; elle résulte également de l’obligation
Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. L’obligation est souvent l’objet de négociations sur le marché secondaire.
de contracter des emprunts et de la menace constante de défaut de paiement qui en découle dans un contexte concurrentiel. Autrement dit, la menace de la faillite est le constituant central du fameux « fouet de la concurrence ».
Cette menace définit toute la hiérarchie des décisions économiques et le processus d’évaluation qui lui est associé (Steppacher 2008). Avant tout, le débiteur doit se concentrer sur une évaluation monétaire du rapport coût-bénéfice de toutes les transactions et ressources économiques, sur la base des prix du marché. Il doit raisonner en termes individuels et privilégier les avantages à court terme. Ainsi, la terre, le travail et les ressources naturelles sont évalués monétairement, tandis que les considérations socioculturelles et écologiques environnantes restent secondaires. Un analyste du secteur des plantations africaines a ainsi pu rapporter que « chaque ménage [endetté] est ainsi progressivement amené à hiérarchiser ses besoins et à faire des choix douloureux, à choisir entre… dépenses sociales et investissements productifs » (Janin 1995, 126).
Calculs coûts/bénéfices, discipline personnelle, intensification, and innovations visant à réduire les coûts sont autant d’éléments qui acquièrent une signification toute particulière dans l’esprit de nombreux débiteurs. Prises dans leur ensemble, toutes ces pressions, petites ou grandes selon les acteurs, ont contribué à façonner les représentations mentales et les priorités économiques. Et ces reconfigurations mentales ont bien sûr des conséquences très concrètes. La nécessité d’améliorer les technologies pour réduire les coûts en est un parfait exemple. Dans les économies rurales du début de l’ère moderne, il a été démontré que l’endettement a conduit à une plus grande productivité par des innovations qui ont avantageusement diminué les coûts (Habakkuk 1994 ; Hoffman 1996 ; Watt 2006). Prenant l’exemple des États-Unis, Post (2011, 152) décrit comment, après 1840, l’endettement et les impôts ont contraint les petits paysans à se lancer dans la compétition sur le marché, un processus qui a « déclenché une dynamique de spécialisation productive, d’innovation technique et d’accumulation ». Cette dynamique, comme chacun peut s’en douter, n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour la communauté et l’environnement.
Endettement et reconfigurations socio-écologiques
L’endettement rural a joué un rôle important dans l’érosion des modes de vie communautaires. Très directement, la dette fragilise la communauté en dépossédant les débiteurs défaillants et en favorisant la différenciation sociale. Elle est également un facteur important de migrations temporaires, permanentes et circulaires, hors de la communauté. De plus, le crédit déstabilise les communaux car il exige fréquemment que des portions aliénables de terres communautaires soient fournies en garantie, un phénomène déjà perceptible dans l’Europe prémoderne (voir Pichard 2001). Dans l’Amérique latine du XXe siècle, les communaux ont été dissous lorsque les paysans se sont tournés vers la production de café et, par conséquent, vers le crédit (Roseberry 1978).
Plus indirectement, le crédit dissout les liens traditionnels entre les membres de la communauté en individualisant les responsabilités économiques au sein de relations dyadiques. Avec l’essor du crédit au XVIe siècle, l’endettement a exacerbé les tensions au sein des communautés rurales et a entraîné une explosion des litiges pour dettes devant les tribunaux locaux. « La culture du crédit est née d’un processus par lequel la nature de la communauté a été redéfinie comme un conglomérat de foyers concurrents mais interdépendants » (Muldrew 1998, 4). En Asie du Sud-Est, une étude sur le crédit a révélé que les conversations villageoises « évoquaient fréquemment la diminution de la coopération entre les villageois », soulignant « le fait que les villageois deviennent de plus en plus “calculateurs” (berkira) dans leur approche des questions d’argent » (cité dans Scott 1985, 188).
L’endettement rural exerce également des pressions néfastes sur l’environnement en raison des nouvelles priorités qu’il engendre. Une croissance écologiquement néfaste peut, par exemple, constituer une réponse à des niveaux d’endettement antérieurs. Ce phénomène a déjà été observé aux XVIIs et XVIIIe siècles en France, où l’agriculture commerciale s’est développée grâce à l’augmentation des dettes communales (Pichard 2001), ainsi qu’en Écosse, où l’endettement de l’aristocratie a stimulé l’extractivisme
Extractivisme
Modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources naturelles, humaines et financières, guidé par la croyance en une nécessaire croissance économique.
et la déforestation (Watt 2006). Plus récemment au Canada, l’Union Nationale des Fermiers (2010, 19-20) a observé que « les échéances de remboursement de la dette poussent les agriculteurs à faire des choix basés sur la liquidité
Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
à court terme, plutôt que sur les besoins du sol ou de la prochaine génération… La dette force les agriculteurs à adopter une pensée à court terme commune aux conseils d’administration des entreprises, avec des résultats prévisibles pour l’environnement, la fertilité et l’avenir. » En Amérique centrale, une étude a rapporté que « si les paysans ont accès au crédit, en particulier à des taux d’intérêt élevés, l’augmentation de la productivité annuelle devient vitale pour leur capacité à rembourser leurs prêts » (Wilson 2010, 88), une situation qui conduit à un risque accru de pollution et de dommages aux écosystèmes.
Implications pratiques et politiques
Quels types d’organismes de crédit pourraient atténuer certains des effets négatifs de l’endettement rural ? Les coopératives de crédit pourraient être une candidate. Appelées différemment selon les pays, elles mutualisent l’épargne de leurs membres pour financer leurs propres portefeuilles de prêts. F. W. Raiffeisen (1818-1888) est considéré comme l’un des pères de la coopérative de crédit moderne. Alors que l’Allemagne du XIXe siècle était caractérisée par le déclin progressif des petits agriculteurs et l’essor de l’agro-industrie, Raiffeisen avait pour objectif de libérer les petits exploitants de l’endettement extérieur. Son but était donc de les financer à des taux raisonnables et généralement sans garantie, en s’appuyant sur la solidarité et les valeurs chrétiennes. La règle essentielle était de rester local, favorisant ainsi les relations interpersonnelles, et démocratique – la coopérative étant dirigée par une assemblée générale.
Les socialistes ont critiqué les coopératives de crédit, craignant l’embourgeoisement des classes subalternes ; ils ont donc privilégié les coopératives de production plutôt que les coopératives financières, plus conciliantes avec le capitalisme. Mais certaines coopératives de crédit gérées par les travailleurs ou par l’État pourraient être compatibles avec certains modèles de socialisme. Parmi les options plus radicales, des formes de « crédit social » (planifié) et de « crédit mutuel » (non planifié) ont été proposées par divers auteurs (Gerber 2015). À court terme, cependant, l’annulation de la dette et la (re)construction des services publics sont des réformes cruciales à mener contre l’endettement rural (Graeber 2011). Ces politiques ne seront possibles que si les mouvements anti-dette renforcent leur pression, ce qui n’est pas improbable dans les années à venir.
Gerber et al. (2021) offrent un aperçu des mobilisations contre les dettes privées au niveau global. Cette étude montre que le monde rural est en première ligne de ces luttes. Les mouvements anti-dette ont contesté divers aspects de la relation créancier-débiteur et ont impliqué différentes classes sociales avec des objectifs politiques variés, allant du populisme opportuniste au radicalisme révolutionnaire. La majorité des cas proviennent de membres des classes populaires rurales, pour qui le crédit constitue un « dernier recours » (ou « filet de sécurité ») fondamental, quoique dangereux, lorsque les paiements obligatoires ne sont plus immédiatement possibles.
L’endettement – et les difficultés qui l’accompagnent – doit toujours être replacé dans son contexte politico-institutionnel plus large. Au Royaume-Uni, par exemple, Davies et al. (2015, 5) ont constaté qu’« il existe un lien évident entre l’absence de filet de sécurité sociale et le recours à l’emprunt en période de crise personnelle ou familiale. Cela… remet directement en cause les discours politiques qui cherchent à individualiser la dette comme un problème personnel ». La nécessité et le poids simultanés du couple crédit/dette expliquent son caractère politiquement inflammable, qui va probablement en augmentant à mesure que les économies continuent de se financiariser. Parallèlement, la répression sévère et fréquente des manifestations contre la dette – perçues comme une menace pour les fondements mêmes du capitalisme – et la subjectivité particulière associée à la dette ont également dissuadé les mobilisations.
Le capitalisme a connu une expansion spectaculaire du crédit – et donc de la dette – tant quantitativement que qualitativement. Avec les rapports employeur/employé, il ne fait aucun doute que les relations créancier/débiteur doivent figurer au cœur des rapports sociaux de propriété capitalistes.
Ce chapitre montre que l’endettement rural n’est pas seulement un facteur de stagnation et d’assujettissement, comme l’ont soutenu plusieurs analystes agraires. L’endettement est également un phénomène multiforme, indissociable du crédit, qui a eu des conséquences profondes à différents niveaux. Au niveau microéconomique, ces conséquences se traduisent par de nouvelles pressions sur les débiteurs : la nécessité de rester solvables, de respecter les délais et de réaliser des profits. Ces pressions varient, bien sûr, selon la classe sociale et d’autres critères, mais elles conservent ces caractéristiques fondamentales. Au niveau macroéconomique, toutes ces pressions – petites et grandes – représentent une puissante force évolutive influençant la trajectoire du capitalisme. Comme nous l’avons vu, le crédit et la dette ont non seulement joué un rôle important dans la reconfiguration de la propriété foncière et des relations de travail ; ils ont également contribué à façonner la rationalité et la culture capitalistes selon le principe stratégique de solvabilité.
En résumé, la menace de faillite et son effet disciplinaire ont contribué à générer certaines des caractéristiques productives typiques du capitalisme (innovations, productivité, croissance), mais aussi certains de ses impacts les plus emblématiques : exploitation, différenciation sociale, crises économiques et dégradation de l’environnement. Avec l’aggravation des multiples crises de la dette, un militantisme politique centré sur les rapports de dette pourrait redynamiser les mouvements radicaux dans le monde rural.
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enseigne à l’Institut international d’études sociales de La Haye. Il a séjourné et travaillé au Bhoutan, en Inde, et aux États-Unis. Il s’intéresse à l’économie politique de la soutenabilité et a publié sur le capitalisme, le monde rural, les mouvements sociaux et la psychanalyse. Il termine actuellement un ouvrage sur la place de la décroissance dans les études critiques du développement.