Communiqué de presse

Le CADTM remet à Evo Morales le titre de personnalité de l’année 2005

20 décembre 2005 par CADTM


Le magazine Time vient de désigner le chanteur Bono et les richissimes Melinda et Bill Gates comme personnalités de l’année pour « leur capacité à s’occuper des autres ». Time a choisi le couple Gates en tant que « cofondateurs d’un des groupes de charité les plus puissants au monde » et Bono, le rocker irlandais, car il « a rendu la réduction de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
’’sexy’’
 ».

Le CADTM étudie au quotidien la problématique de la dette des pays du tiers-monde et les ravages qu’elle provoque, lui conférant un poste d’observation privilégié sur ces sujets. Or l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
des lauréats de Time est très discutable.

Bill Gates, dirigeant de la multinationale Microsoft, est un des hommes les plus riches du monde. Afin d’avoir bonne presse, il utilise à des fins humanitaires une partie de son immense fortune, acquise grâce à la démarche très agressive de Microsoft pour imposer partout dans le monde des logiciels très imparfaits. Il pourra d’ailleurs déduire cet investissement de ses prochains impôts... Son œuvre de charité n’est pas une œuvre de justice : son action laisse croire que la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
néolibérale, dont il profite largement, va apporter une solution aux problèmes actuels, ce qui est une imposture puisque cette mondialisation les aggrave.

Bono, pour sa part, a animé l’été dernier une campagne sur la dette qui s’est réduite à implorer les dirigeants des pays les plus riches pour qu’ils concèdent une réduction de la dette. Sur un total de 165 pays dits « en développement », l’initiative annoncée concerne seulement 18 pays très pauvres qui appliquent depuis des années des politiques néolibérales désastreuses pour les populations de ces pays. Le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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fait d’ailleurs tout son possible actuellement pour réduire ce nombre à 12. Ce faisant, au-delà d’avoir ridiculement rendu le combat pour l’annulation de la dette « sexy », cet entrepreneur reconnu a permis de légitimer l’instance profondément illégitime qu’est le G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. , directoire autoproclamé de l’économie et de la finance mondialisées.

En cela, leur effet de nuisance cumulé est loin d’être négligeable. Leur rôle essentiel, qui est sans doute la raison pour laquelle Time les a distingués, a été celui d’anesthésiant social, permettant d’atténuer la contestation du modèle économique actuel, imposé aux forceps via la dette. A travers eux, il s’agit de maintenir l’illusion que l’humanité fait bien de confier son avenir à quelques personnages messianiques au lieu d’en être véritablement actrice.

Au contraire, le peuple bolivien doit être chaleureusement félicité pour avoir porté Evo Morales à la présidence du pays, montrant par là même sa volonté de modifier les rapports sociaux en profondeur. Sans présager de son action à venir et sans donner un chèque en blanc au futur président, le CADTM constate que le peuple bolivien s’est clairement prononcé en faveur des positions soutenues par Evo Morales : souveraineté économique, réappropriation des ressources naturelles, défense des indigènes opprimés et des petits producteurs, etc.

Le CADTM salue l’immense nouvelle qu’est son élection à l’issue d’un processus démocratique et lui conseille fortement à la fois de ne pas imiter Lula au Brésil, de répudier immédiatement la totalité de la dette bolivienne afin d’être en mesure de satisfaire les besoins fondamentaux et de rompre tout accord avec le FMI et la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
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Pour ces raisons, le CADTM remet à Evo Morales le titre de personnalité de l’année 2005 et lui demande de le transmettre à son peuple pour son engagement déterminé en faveur d’une alternative réelle au modèle économique dominant. En attendant peut-être de le remettre à Evo Morales à titre personnel en 2006 s’il tient ses engagements au cours de l’année à venir...