Presse internationale

Le remboursement de l’Indonésie au FMI clôt un chapitre capital pour l’Asie

3 juillet 2006 par Turkishdailynews


L’Indonésie s’apprête à rembourser plus tôt sa dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
au Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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(FMI) : c’est le dernier chapitre d’une crise financière qui a ravagé l’Asie il y a près d’une décennie, au moment même où les investisseurs se montrent à nouveau circonspects vis-à-vis des marchés émergents.

L’Indonésie est le dernier des pays asiatiques frappés par la crise de 1997/98 à rembourser sa dette, ce qui la libèrera du FMI et des prescriptions politiques consenties avec réticence.

Le projet de rembourser dès cette année 7,8 milliards de dollars d’emprunts venant à échéance en 2010 permet d’économiser 200 millions de dollars d’intérêts nets et donnera une plus grande autonomie au gouvernement.

«  Il ne sera plus nécessaire de discuter, si bien que le gouvernement pourra poursuivre ses politiques à 100 %. On peut dire que nous n’avons plus besoin d’une supervision  » a expliqué au parlement le directeur adjoint de la Banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. indonésienne, Hartadi Sarwono.

Comme cela donnerait à l’Indonésie la latitude d’y aller doucement, s’agissant de questions sensibles comme la privatisation d’entreprises d’Etat, les analystes considèrent comme peu probable un changement significatif des perspectives économiques du pays, en raison des excédents des comptes d’opérations courantes, d’un rapport dette/PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
décroissant et d’un déficit budgétaire faible.

En effet, les échanges se produisant sur les marchés émergents depuis le mois dernier et la nécessité de créer la confiance vis-à-vis des investisseurs, donnent à penser que Djakarta poursuivra probablement des politiques économiques largement semblables à celles prescrites par le FMI, du moins pendant un certain temps.

L’Indonésie étant moins dépendante du commerce mondialisé que ses voisins de Malaisie et de Singapour, les facteurs domestiques sont cruciaux pour évaluer ses perspectives.

« Je ne regarde toujours pas l’Indonésie du point de vue mondial mais plutôt là où elle dérape sur la gestion des liquidités Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
, sur le fiscal
 » dit Greg Fager, directeur pour l’Asie de l’International Finance Institute basé à Washington et qui regroupe 340 banques du secteur privé international. « Par exemple, il y a un an nous étions préoccupés par l’excédent de liquidités sur le marché et nous surveillions la hausse du prix du pétrole. A présent je ne vois pas ce genre de déséquilibres dans les politiques » ajoute-t-il.

La semaine dernière le gouverneur de la Banque centrale, Burhanuddin Abdullah, déclarait que la moitié des emprunts seraient remboursés dans quelques semaines, le reste étant à déterminer plus tard dans l’année, vu l’augmentation des réserves de change. Celles-ci ont atteint fin mai le record de 44,17 milliards de dollars, soit presque 30 % de plus cette année.

Cependant certains économistes croient que les turbulences du marché des devises pourraient empêcher l’Indonésie de rembourser le FMI. La fin des intérêts du FMI arrive alors que l’Asie cherche à jouer un rôle plus déterminant dans les affaires du prêteur basé à Washington, afin de refléter son poids croissant dans la globalisation Globalisation (voir aussi Mondialisation) (extrait de Chesnais, 1997a)

Origine et sens de ce terme anglo-saxon. En anglais, le mot « global » se réfère aussi bien à des phénomènes intéressant la (ou les) société(s) humaine(s) au niveau du globe comme tel (c’est le cas de l’expression global warming désignant l’effet de serre) qu’à des processus dont le propre est d’être « global » uniquement dans la perspective stratégique d’un « agent économique » ou d’un « acteur social » précis. En l’occurrence, le terme « globalisation » est né dans les Business Schools américaines et a revêtu le second sens. Il se réfère aux paramètres pertinents de l’action stratégique du très grand groupe industriel. Il en va de même dans la sphère financière. A la capacité stratégique du grand groupe d’adopter une approche et conduite « globales » portant sur les marchés à demande solvable, ses sources d’approvisionnement, les stratégies des principaux rivaux oligopolistiques, font pièce ici les opérations effectuées par les investisseurs financiers, ainsi que la composition de leurs portefeuilles. C’est en raison du sens que le terme global a pour le grand groupe industriel ou le grand investisseur financier que le terme « mondialisation du capital » plutôt que « mondialisation de l’économie » m’a toujours paru - indépendamment de la filiation théorique française de l’internationalisation dont je reconnais toujours l’héritage - la traduction la plus fidèle du terme anglo-saxon. C’est l’équivalence la plus proche de l’expression « globalisation » dans la seule acceptation tant soit peu scientifique que ce terme peut avoir.
Dans un débat public, le patron d’un des plus grands groupes européens a expliqué en substance que la « globalisation » représentait « la liberté pour son groupe de s’implanter où il le veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales »
.

Une représentation asiatique renforcée pourrait donner davantage de crédibilité au FMI dans une région aux réserves tellement importantes qu’elle n’a pas nécessairement besoin de l’aide du FMI si une autre crise a lieu.

Après la crise asiatique, un réseau régional d’arrangements bilatéraux de troc de devises a été mis en place pour les pays, afin de leur permettre des emprunts mutuels pour défendre leur monnaie en temps de crise.

« Cela reflète une ère nouvelle, avec une confiance croissante dans la coopération régionale renforcée afin d’aider les pays s’il y avait une nouvelle crise » précisait à Reuters M. Sarwono, de la Banque centrale.

Il ajoutait qu’il est possible que le FMI augmente ses charges sur les pays qui sont toujours sous son programme d’emprunts - la Turquie et l’Indonésie - puisque des remboursements anticipés par le Brésil et l’Argentine ont affaibli ses finances et l’ont forcé à prendre des mesures d’austérité.

Stephen Schwarz, le haut représentant du FMI en Indonésie a déclaré à Reuters que le Fonds se réjouissait du projet de remboursement anticipé puisqu’il reflétait une meilleure balance des paiements Balance des transactions courantes
Balance des paiements
La balance des transactions courantes d’un pays ajoute à la balance des biens et services la balance des transferts unilatéraux, concernant des biens ou services importés ou exportés sans rétribution apparente : dons, subventions, envois d’argent à l’étranger par des travailleurs immigrés, etc. Le solde, appelé solde des paiements courants, traduit la position financière d’un pays par rapport au reste du monde.

Un pays disposant d’un excédent de ses paiements courants est un pays prêteur vis-à-vis du reste du monde. Inversement, si la balance d’un pays est déficitaire, ce pays devra se tourner vers les prêteurs internationaux afin d’emprunter pour ses besoins de financement. La balance des opérations en capital, dont le solde est l’opposé du solde des paiements courants, vient boucler la balance des paiements, qui est donc, par définition, équilibrée.
et des fondamentaux économiques plus forts.

Mais la privatisation, qui avait été un point clé du programme FMI, est largement bloquée sous l’administration actuelle. Le vice-président a même appelé au rachat d’actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
dans des firmes importantes.

« Dans le passé, [le FMI] a exigé la privatisation pour des raisons de transparence. Mais les recettes ont été utilisées pour couvrir un déficit budgétaire. C’est une erreur car le déficit budgétaire est un choix politique, qu’il soit zéro ou tout autre chiffre » selon Said Didu, secrétaire du Ministre des entreprises d’Etat.

Mais les analystes pensent que l’Indonésie, mieux à même de veiller aux susceptibilités politiques intérieures une fois les emprunts remboursés, ne risque pas l’hostilité des investisseurs.

L’an dernier, la crainte que les coûteuses subventions pétrolières ne provoquent un problème budgétaire, suscita un plongeon de la roupie et des appréhensions accrues de crise économique. Le gouvernement réagit en réduisant les subventions pétrolières et la Banque centrale augmenta fortement les taux, jugulant ainsi la sortie des capitaux et calmant les marchés.

« L’Indonésie et beaucoup de ses voisins dans la région ont progressé ces dernières années, avec un penchant pour les excédents des opérations courantes, ce qui les laisse moins vulnérables que durant les années 1990 » affirmait David Cohen directeur du Asian Economic Forecasting basé à Singapour. « Néanmoins, cela ne veut pas dire qu’une nouvelle panique chez les investisseurs serait indolore. »



Source : Turkishdailynews, 15 juin 2006.

Traduction : Marie Meert.