Presse internationale

Ricardo Patiño, ministre équatorien de l’Economie, propose la création de deux instances financières régionales

30 avril 2007 par La Hora (Quito)


Ricardo Patiño, ministre de l’Economie et des Finances, a élaboré une
proposition concernant la création de la Banque du Sud, qu’il présentera
lors de la réunion du 3 mai prochain à ses homologues des cinq autres pays
qui se joindront à cette initiative.

A cet effet, il s’est réuni hier soir avec Oscar Ugarteche, Eric Toussaint
et Jorge Marchini, des économistes réputés qui appuient ce projet.

« Jusqu’à lors les échanges se poursuivaient entre nos équipes techniques
et celles d’autres pays et nous avons profité de la visite d’experts
étrangers pour approfondir les propositions, objectifs et fonctions
qu’aurait la Banque du Sud
 » a signalé Patiño au journal LA HORA.
Il a ajouté que la proposition, qui sera présentée aux ministres de
l’Argentine, du Paraguay, du Brésil, de la Bolivie et du Venezuela, est un
peu différente de celle proposée initialement, puisque celle-ci envisage
la création de deux institutions.

« La première est le Fond du Sud et la seconde la Banque du Sud », a dit
Patiño, qui précise que le Fond du Sud irait un peu au delà de ce
qu’est actuellement le Fond Latino-américain de Réserves.

Le Fond capterait les réserves. « Le Fond du Sud viserait d’abord le
placement des réserves des pays. Il pourrait ensuite utiliser une unité de
compte latino-américaine, non pas une monnaie dans l’immédiat, mais il
constituerait un premier pas vers une monnaie régionale
 » note Patiño.

Il a indiqué que ce fond financerait les problèmes de balances de paiement
et, dans le cas de pays dollarisés comme l’Equateur, il aiderait à faire
face aux crises fiscales qui se produiraient. « Il aidera ainsi à générer
la stabilité monétaire et fiscale
 » a indiqué Patiño, ajoutant que l’idée
est de créer à terme une banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. de l’Amérique latine.


Complément par Eric Toussaint (CADTM)


Eric Toussaint (CADTM - Comité pour l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du Tiers
Monde) est en ce moment à Quito (Equateur) où il est au centre des débats
sur l’Audit de la dette, la dette illégitime Dette illégitime C’est une dette contractée par les autorités publiques afin de favoriser les intérêts d’une minorité privilégiée.

Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
et la Banque du Sud avec les
nouvelles autorités du pays.

Ce lundi 30 avril 2007, Eric Toussaint sera reçu par le nouveau président
d’Equateur, Rafael Correa. Eric Toussaint défendra un argumentaire sur la
dette illégitime (celle de l’Equateur en particulier) et sur la Banque du
Sud (alternative à la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
) en espérant que le président
l’approuvera. Dans ce cas, cet argumentaire sera présenté à la réunion du
jeudi 3 mai où les ministres de l’Economie et des Finances de six pays
d’Amérique latine échangeront leurs positions sur ces projets.
N’hésitez pas à le contacter si vous désirez des informations.

Petit résumé des derniers événements par Eric Toussaint.

Vendredi 27 avril 2007 : la journée a commencé par une matinée d’exposé du
Ministre de l’Economie et des Finances, Ricardo Patino, qui a exposé la
politique du gouvernement en matière de dette.

A l’issue de l’exposé et du débat (une centaine de participants), il a
proposé qu’une série de militants étrangers viennent aider pendant deux
mois le gouvernement à renforcer sa position sur la dette en matière
d’audit et en matière d’annulation de dette. Il m’a interpellé
personnellement. J’ai répondu avec Jorge Marchini (Economistes de gauche,
Argentine), fondateur de l’Observatoire international de la dette avec le
CADTM, que nous serions prêts à venir pendant deux semaines pour apporter
notre aide.

Ensuite, le Ministre m’a invité à passer au Ministère des Finances pour
travailler sur la Banque du Sud. Nous avons eu une réunion de 5 heures
sans interruption pour rédiger un projet sur la Banque du sud partir du
projet proposé par l’Argentine et le Venezuela. Nous étions 10 : 6 du
cabinet du Ministre, le Ministre et 3 étrangers, Oscar Ugarteche (Pérou),
Jorge Marchini et moi. Nous avons presque terminé le travail mais nous
devons continuer demain samedi. Le ministre m’a demandé de participer à
une réunion avec le président Correa lundi à midi pour aider à définir la
position de l’Equateur sur la Banque du Sud. J’ai accepté. Il m’a
également demandé de postposer mon retour pour la Belgique de manière à
participer à la réunion des 6 ministres des Finances (Argentine, Brésil,
Bolivie, Equateur, Paraguay, Venezuela) jeudi à Quito qui doit adopter les
bases de la Banque du Sud.

Je vous avoue que je ne m’attendais pas du tout à ce tourbillon
d’activités. J’ai avancé les mêmes positions que celles que j’ai mises par
écrit en août passé (Banque du Sud, situation internationale et
alternatives
) qui sont
sur plusieurs points différentes de la position commune assez modérée du
Venezuela et de l’Argentine. J’ai été étonné que mes propositions soient
acceptées sur plusieurs points importants. Si jamais le programme que je
viens de vous décrire est confirmé pour la semaine prochaine, j’aurai des
informations très intéressantes.

Dimanche 29 avril : La réunion de travail avec le ministre Ricardo Patino
s’est terminée à minuit ce dimanche. En trois heures, nous avons établi le
texte définitif de la proposition sur la Banque du Sud à soumettre ce
lundi midi à Rafael Correa (en tout, depuis trois jours, nous avons
travaillé une douzaine d’heures sur ce texte). Je ferai partie de la
réunion avec le président. S’il accepte le texte, celui-ci sera envoyé
dans le courant de l’après-midi aux autres gouvernements pour discussion
le 3 mai à la réunion ministérielle (Argentine, Bolivie, Brésil, Equateur,
Paraguay, Venezuela) qui se tiendra ici à Quito.

Les deux principaux quotidiens équatoriens ont déjà annoncé qu’Eric
Toussaint sera membre de la nouvelle commission d’audit de la dette en
Equateur.

Pour contacter Eric Toussaint : international chez cadtm.org

Hôtel Tambo Real à Quito : 00 593 2 563820.

Si son séjour se prolonge pour la réunion du 3 mai, contacter
denise.comanne chez cadtm.org pour avoir son n° de portable local.

A son retour en Belgique : 00 32 486/74 47 52




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