Grèce

Sauvons les peuples, pas les banques

20 janvier 2015 par Patrick Saurin


Intervention de Patrick Saurin, porte-parole du syndicat Sud Banques Populaires Caisses d’Épargne, lors du meeting de soutien au peuple grec pour prendre son destin en main du 19 janvier 2015 à Paris

Bonsoir à toutes et à tous.

Dans quelques jours, le peuple grec aura la possibilité de rompre avec les politiques d’austérité dictées par la Troïka Troïka Troïka : FMI, Commission européenne et Banque centrale européenne qui, ensemble, imposent au travers des prêts des mesures d’austérité aux pays en difficulté. pour engager enfin, avec SYRIZA, le vaste programme de réformes qu’exige la situation du pays. Mais la réussite de ce projet va nécessiter d’affronter les banques et la finance, des adversaires puissants et sans scrupule dont on ne souligne jamais assez les responsabilités dans la situation catastrophique de la Grèce.

En 2001, c’est une banque américaine, Goldman Sachs, qui permet aux dirigeants du PASOK alors au pouvoir de maquiller les comptes publics afin de réduire artificiellement l’endettement du pays, et remplir ainsi les critères exigés pour rejoindre la zone euro. En rémunération de ses « conseils », la banque empoche une commission de 300 millions d’euros.

Mais à peine l’opération terminée, Goldman Sachs investit massivement dans des produits spéculatifs en pariant sur l’incapacité de la Grèce à rembourser sa dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
.

A chaque fois, c’est la presse qui révèle ces malversations, les autorités de contrôle, la Troïka et les agences de notation Agences de notation Les agences de notation (Standard and Poor’s, Moody’s et Fitch en tête) sont des agences privées qui évaluent la solvabilité et la crédibilité d’un émetteur d’obligations (État, entreprise). Jusqu’aux années 1970 elle étaient payées par les acheteurs potentiels d’obligations, depuis la libéralisation financière la situation s’est inversée : ce sont les émetteurs d’obligations qui rémunèrent les agences pour qu’elles les évaluent... Reconnaissons leur qualité de travail : c’est ainsi que Lehman Brothers se voyait attribuer la meilleure note juste avant de faire faillite. étant quant à elles aux abonnés absents. Et le cas de la Grèce n’est qu’un exemple parmi une longue liste de faits divers où l’on voit des banques blanchir l’argent de la drogue, trafiquer avec des marchands d’armes, manipuler des taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
ou encore escroquer des ménages et des collectivités avec des produits toxiques.

On aurait pu penser que les choses allaient changer après le sévère avertissement de la crise de 2007-2008. Cela n’a pas été le cas. Bien au contraire, l’empressement des États à socialiser les pertes des banques avec la bénédiction de la Troïka et des autres institutions n’a fait qu’inciter ces banques à poursuivre et à intensifier leurs agissements spéculatifs. Rappelons également que plus des trois-quarts des fonds des soi-disant « plans de sauvetage » de la Grèce sont allés à la finance.

Dans son programme, connu sous le nom de programme de Thessalonique, SYRIZA s’engage à créer une banque de développement pour financer des projets locaux par des prêts à faible taux d’intérêt et à réaliser des travaux publics grâce à la création d’obligations Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
bancaires.

SYRIZA envisage également le recours à des banques coopératives et la mise en place de banques spécifiques pour financer les petites et moyennes entreprises ainsi que les agriculteurs.

Enfin, SYRIZA entend refonder véritablement l’État pour le mettre au service des citoyens, considérés sous leur double qualité de décideurs et d’usagers. Renouant avec sa vocation originelle, l’État serait à la fois plus proche des citoyens et soustrait à l’influence d’acteurs puissants motivés par leur seul profit ou intérêt personnel.

Ce projet de refondation des institutions et du système bancaire est non seulement légitime, mais il constitue surtout le préalable indispensable à la mise en œuvre des autres mesures du programme.

De par leur nature et leur fonction, l’épargne, le crédit, la sécurité des encaisses monétaires et l’intégrité du système des paiements relèvent de l’intérêt général. Leur usage et leur gestion ne doivent pas être laissés entre les mains d’intérêts privés. De même, la stabilité financière doit devenir un bien public mondial. C’est pourquoi, en Grèce comme partout ailleurs une réforme radicale du système bancaire s’impose. Il faut créer un service public bancaire en socialisant les banques placées sous le contrôle citoyen des salariés, des clients, des élus, des représentants d’associations et des responsables des instances bancaires nationales et régionales.

En s’engageant sur la voie du contrôle citoyen, en assignant les banques à renouer avec leur mission de financement de l’économie réelle, le programme de SYRIZA se donne les moyens de réussir et d’apporter une réponse aux nécessités du pays. Car aujourd’hui, en Grèce, en Europe, et partout ailleurs dans le monde, l’urgence est de sauver les peuples, pas les banques.

Je voudrais terminer sur une pensée vieille de plus de 25 siècles, celle d’Héraclite d’Ephèse, un philosophe grec présocratique selon lequel, « s’il n’y avait pas d’injustice, on ignorerait jusqu’au nom de la justice. » En ce début d’année 2015, la Grèce et son peuple ont suffisamment subi l’injustice. Il est temps qu’ils retrouvent enfin une société juste et solidaire. Grâce à SYRIZA, ce sera bientôt chose faite.
Je vous remercie.

Patrick Saurin à 1h01mn


Meeting de soutien au peuple grec avec Syriza à... by CN-PCF

A quelques jours des législatives anticipées en Grèce, meeting de soutien au peuple grec avec Syriza lundi 19 janvier 2015 à Japy.

Avec : Georgios Katrougalos ( député européen Syriza ), Susan George ( Attac ), Pierre Laurent (Président du PGE, secrétaire national du PCF), Pascal Franchet (CADTM), Jean-Luc Mélenchon (député européen, PG), Cécile Duflot (Ancienne ministre du logement EELV), Patrick Saurin (Sud BPCE), Guillaume Balas (député européen PS), Clémentine Autain (Ensemble), collectif Troïka Basta !, CGT, SNESUP, Compagnie Erina, Liêm Hoang Ngoc ( socialistes affligés ), Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne)

A l’appel de :

Organisations Politiques

Altra Europa con Tsipras France, Bloco de Esquerda France, Club des Socialistes affligés, Ensemble !, Gauche Unitaire, Izquierda Unida France, Jeunes Ecologistes, Mouvement des Jeunes Communistes de France, Nouvelle Donne, Parti Communiste Français, Parti Communiste des Ouvriers de France, Parti de la Gauche Européenne, Parti de Gauche, Parti Démocratique des Peuples de Turquie (HDP) France, République et Socialisme, Rifondazione Comunista France

Organisations syndicales

Fédération Nationale des Industries Chimiques CGT, Sud BPCE, Sud Santé Sociaux, Union Syndicale de la Psychiatrie

Associations

ATTAC, Collectif Roosevelt, Collectif Solidarité France Grèce pour la Santé, CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde), Compagnie Errina, Femmes Egalité, Fondation Copernic, Journal électronique ReSPUBLICA, Les Désobéissants, Les efFRONTé-e-s, Marches européennes contre le chômage, Mouvement du Christianisme social, REP Réseau Education Populaire, Transform Europe

Personnalités

ANGELI Verveine (Solidaires), BAYOU Julien (porte parole Europe Ecologie Les Verts), BACHE Marinette (Conseillère de Paris, Présid ente Nationale de Résistance Sociale), FILOCHE Gérard (membre du bureau politique du PS), GASSER Philippe (Psychiatre, Union Syndicale de la psychiatrie), KAHANE Claudine (syndicaliste universitaire du SNESUP), KAKI M’hamed (Militant associatif), LETOURNEUR Yves (philosophe et poète), HOANG NGOC Liêm (ancien député européen corapporteur du rapport au parlement européen sur la Troïka), SABADO François (membre de la direction de la IVème Internatio- nale), STERDYNIAK Henri (Economistes atterrés).




Patrick Saurin

a été pendant plus de dix ans chargé de clientèle auprès des collectivités publiques au sein des Caisses d’Épargne. Il est porte-parole de Sud Solidaires BPCE, membre du CAC et du CADTM France. Il est l’auteur du livre « Les prêts toxiques : Une affaire d’état ».
Il est membre de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce, créée le 4 avril 2015.

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