Communiqué de presse

Le CADTM demande la fin des engagements non tenus sur l’aide au développement

9 juillet 2005 par CADTM


Lors du sommet de Gleneagles qui vient de s’achever, les dirigeants des pays du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. ont annoncé une augmentation de 50 milliards de dollars de leur aide publique au développement (APD APD On appelle aide publique au développement les dons ou les prêts consentis à des conditions financières privilégiées accordés par des organismes publics de pays industrialisés. Il suffit donc qu’un prêt soit consenti à un taux inférieur à celui du marché (prêt concessionnel) pour qu’il soit considéré comme une aide, même s’il est ensuite remboursé jusqu’au dernier centime par le pays bénéficiaire. Les prêts bilatéraux liés (qui obligent le pays bénéficiaire à acheter des produits ou des services au pays prêteur) et les annulations de dette font aussi partie de l’APD.

Outre l’aide alimentaire, on peut distinguer trois grands types d’utilisation des fonds ainsi dégagés :le développement rural, les infrastructures, l’aide hors projet (financement des déficits budgétaires ou de la balance des paiements). C’est ce dernier poste qui augmente le plus. Cette aide est « conditionnée » par la réduction du déficit public, la privatisation, la bonne conduite écologique, l’attention aux plus pauvres, la démocratisation, etc. Toutes ces conditions sont définies par les principaux gouvernements du Nord et le couple Banque mondiale/FMI. Cette aide passe par trois canaux : l’aide multilatérale, l’aide bilatérale et les ONG.
) d’ici 2010, soit un doublement par rapport à l’APD actuelle.

Le CADTM tient à rappeler qu’il y a 35 ans, en 1970, les pays riches s’étaient engagés à porter leur APD à 0,7 % de leur revenu national brut (RNB), promesse renouvelée plusieurs fois depuis. Aujourd’hui, l’APD des pays riches s’élève à seulement 0,25 % de leur RNB, nécessitant donc un triplement pour que l’engagement de 1970 soit enfin tenu. L’annonce de Gleneagles est donc un recul face à cet engagement précédent.

De plus, l’APD va augmenter en 2005 d’au moins 15 milliards de dollars sans qu’aucune somme supplémentaire ne soit déboursée pour le développement des pays du Sud, simplement parce que l’accord signé en novembre 2004 par les pays du Club de Paris Club de Paris Créé en 1956, il s’agit du groupement d’États créanciers (22) spécialisés dans la normalisation des défauts de paiement des PED. Depuis sa création, la présidence est traditionnellement assurée par un Français - en 2019, c’est la directrice du Trésor français, Odile RENAUD BASSO, qui en assure la présidence. Les États membres du Club de Paris ont rééchelonné la dette de près de 90 pays en développement. En 2019, les membres du Club de Paris détiennent plus de 10 % du stock de la dette du Tiers Monde.

Les liens entre le Club de Paris et le FMI sont extrêmement étroits ; ils se matérialisent par le statut d’observateur dont jouit le FMI dans les réunions - confidentielles - du Club de Paris. Le FMI joue un rôle clé dans la stratégie de la dette mise en œuvre par le Club de Paris qui s’en remet à son expertise et son jugement macro-économiques pour mettre en pratique l’un des principes essentiels du Club de Paris : la conditionnalité.

Réciproquement, l’action du Club de Paris préserve le statut de créancier privilégié du FMI et la conduite de ses stratégies d’ajustement dans les pays en voie de développement.

Site web :
prévoit une annulation de 80 % de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique de l’Irak à leur égard (dont 30 % dès le 1er janvier 2005) [1].

Par conséquent, le CADTM sera très vigilant sur la réalité des augmentations éventuelles, d’autant qu’une part importante de l’APD revient dans le pays donateur (achat d’aliments, de médicaments, d’équipements, fret, missions d’experts, etc.) et que l’APD est un vaste fourre-tout. En effet, elle inclut notamment les remises de dette, l’aide des Etats-Unis à l’Afghanistan et à l’Irak, et les frais d’accueil des réfugiés originaires des pays du tiers-monde. La promesse de doubler l’APD d’ici 2010 est donc sujette à caution.

Dans ces conditions, le CADTM demande de véritables mesures de redistribution de la richesse sur la planète, qui, accompagnées d’une annulation totale et inconditionnelle de la dette extérieure publique des pays en développement et de l’abandon des politiques d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
, sont seules à même d’apporter une solution juste et durable au problème dramatique d’une pauvreté galopante.

Comité pour annulation de la dette : doublement de l’aide « sujette à caution »

PARIS, 8 juil 2005 (AFP) - Le Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) a estimé vendredi soir dans un communiqué que la promesse du G8 de doubler l’aide aux pays les plus pauvres d’ici 2010 était « sujette à caution » et les a appelés à respecter leur engagement de 1970.

« La promesse de doubler l’aide publique au développement d’ici 2010 est sujette à caution », affirme le CADTM, qui indique qu’il sera « très vigilant sur la réalité des augmentations éventuelles ».

Le CADTM rappelle qu’« en 1970 les pays riches s’étaient engagés à porter leur aide publique au développement (APD) à 0,7% de leur revenu national brut (RNB), promesse renouvelée plusieurs fois depuis ».

Or « aujourd’hui, souligne le comité9, l’APD des pays riches s’élève à seulement 0,25% de leur RNB, nécessitant donc un triplement pour que l’engagement de 1970 soit tenu ». Selon le CADTM, « l’annonce de Gleneagles est donc un recul face à cet engagement précédent ».

Le Comité estime d’autre part que l’aide publique au développement est « un vaste fourre-tout » dont une part importante « revient dans le pays donateur (achat d’aliments, de médicaments, de fret, missions d’experts, etc.) ». « Elle inclut notamment les remises de dette, l’aide des Etats-Unis à l’Afghanistan et à l’Irak et les frais d’accueil des réfugiés originaires des pays du tiers-monde », explique-t-il.

A l’issue du sommet de Gleneagles (Ecosse) vendredi, les dirigeants du G8 se sont engagés dans un communiqué final à doubler d’ici 2010 l’aide aux pays les plus pauvres.

Le CADTM est un réseau international constitué de membres et de comités locaux basés en Europe, en Afrique, en Amérique latine et en Asie, « partie prenante du mouvement altermondialiste », selon son site.




Notes

[1Voir analyse détaillée dans Damien Millet, Eric Toussaint, « Les faux- semblants de l’Aide Publique au Développement » in Le Monde diplomatique, juillet 2005, p. 8.

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