Remplacer la bancocratie par la démocratie sociale et économique

Recension du livre Bancocratie d’Eric Toussaint

13 juillet 2014 par Renaud Duterme


Lors de la crise de 2007-2008, la finance fut désignée de toute part comme l’ennemi à abattre. Les bonus, les paradis fiscaux, la spéculation furent considérés comme les maux de la société. Ce qu’Éric Toussaint nous montre dans cet ouvrage, c’est que derrière ces concepts obscurs se cachent des acteurs concrets, en particuliers les grandes institutions financières, banques en tête.

Il dévoile ainsi les responsabilités de ces banques qui sont à l’origine de la plus grave crise économique depuis 1929. À travers une perspective historique, il passe en revue les mécanismes créés par le monde bancaire, avec l’aval de nombreux gouvernements, qui ont été à l’origine de profits considérables. L’auteur dénonce également les agissements coupables des grandes banques qui, de par leur importance dans l’économie, ont bénéficié d’une quasi impunité dans de nombreux domaines (spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
à l’origine de crises, blanchiment d’argent, organisation de l’évasion fiscale, etc.). Par ailleurs, le livre contient de nombreuses alertes quant aux multiples risques de nouvelles débâcles dans les années à venir, lesquelles approfondiront à coup sûr la crise actuelle [1]. À la lecture de l’ouvrage, il apparaît qu’un tel scénario a toutes les chances de se réaliser puisque dans leur gestion de la crise, les gouvernements et les banques centrales, loin d’avoir muselé le secteur financier, ont accru sa puissance, notamment à travers les politiques de faibles taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
et de sauvetages bancaires.

Si ce livre, aussi complet qu’accessible, sera utile pour tout un chacun, il intéressera particulièrement tous ceux et celles désireux de mettre un terme à la toute puissance des banques. Comme Éric Toussaint aime à le souligner, « le secteur bancaire est trop important pour être laissé aux mains du privé ». Ainsi, outre de nombreuses mesures permettant de limiter drastiquement le pouvoir des grandes banques, il propose sans détour la socialisation du secteur, à savoir une gestion publique du système financier, à laquelle la sphère politique mais aussi les salariés, les clients et les représentants d’association participeraient. En d’autres termes, remplacer la bancocratie par la démocratie sociale et économique.




Renaud Duterme est enseignant, actif au sein du CADTM, il est l’auteur de Rwanda, Une Histoire volée, paru en 2013 aux éditions Tribord et co-auteur avec Eric De Ruest de La dette cachée de l’économie, parue en 2014 chez Les Liens Qui Libèrent.

Notes

[1À noter qu’Éric Toussaint, parmi d’autres auteurs et contrairement à la plupart des économistes grand public, avait anticipé la crise immobilière américaine plusieurs années auparavant. Une explication est donnée dans son livre « La finance contre les peuples ».

Renaud Duterme

est enseignant, actif au sein du CADTM Belgique, il est l’auteur de Rwanda, une histoire volée , éditions Tribord, 2013, co-auteur avec Éric De Ruest de La dette cachée de l’économie, Les Liens qui Libèrent, 2014, auteur de De quoi l’effondrement est-il le nom ?, éditions Utopia, 2016 et auteur de Petit manuel pour une géographie de combat, éditions La Découverte, 2020.

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