Bangkok, dernière étape avant Copenhague : les mouvements sociaux sont largement mobilisés

1er octobre 2009 par Samir Abi


Lundi 28 septembre 2009 à débuté la conférence de Bangkok sur le changement climatique « Climate Change talks ». Cette conférence doit préparer celle des Nations Unies sur le Changement Climatique qui aura lieu en décembre à Copenhague (COP15) et au cours de laquelle les principes clefs du protocole de Kyoto seront revus. Elle intervient après les échecs des négociations de Bonn (mai 2007) et de New York (septembre 2009). Cette conférence est censée déboucher sur une clarification de la feuille de route pour le COP 15 (170 pages très confuses à l’heure actuelle).

Face à l’incapacité des membres de la communauté internationale de trouver des solutions réalistes et radicales, une série d’activités sont organisées par les mouvements sociaux asiatiques contre les négociations qui se tiennent actuellement.
Rappelons qu’il est plus urgent que jamais que les mouvements sociaux du monde entier se mobilisent pour une série d’alternatives indispensables à la prise en compte réelle des questions écologiques et sociales. Les inondations de plus en plus fréquentes et leur centaine de mort (comme par exemple en Afrique de l’ouest), les étés caniculaires, les cyclones et les tsunamis sont là pour le rappeler.

Les mouvements sociaux sont au rendez-vous

La mobilisation des mouvements sociaux du Sud et du Nord actuellement à Bangkok se veut une action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
de plus pour sauver notre planète des prédateurs financiers. Les mouvements sociaux luttent pour la mise en place d’alternatives qui passent par la satisfaction d’une série de revendications comme la reconnaissance de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
écologique que le Nord doit au Sud, le rejet du « carbone business » qui permet aux entreprises et aux spéculateurs de faire des profits sur la destruction de la terre, le droit au développement soutenable et un transfert gratuit des technologies propres au Sud.
De plus, il apparaît essentiel que la Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
soit mise sur le banc de touche des négociations, en raison de sa responsabilité dans certaines catastrophes écologiques et sociales au Sud, notamment à travers le mécanisme de la dette et la mise en place de plans d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
. Les pays du Nord sont redevables d’une dette historique colossale et doivent annuler la dette économique des pays du Sud, une dette largement odieuse et illégitime, responsable d’une surexploitation et d’un pillage des ressources naturelles.

Du Nord au Sud, les mouvements sociaux contre-attaquent

Depuis dimanche 27 septembre les organisations de la société civile d’Afrique, d’Amérique latine et surtout d’Asie ont multiplié rencontres et séminaires pour discuter des divers enjeux de ces négociations. Un séminaire sur la finance et le changement climatique a eu lieu le dimanche 27 et le lundi 28 septembre, au même moment qu’un séminaire sur « les femmes face au changement climatique ». Différents enjeux ont été rappelés, comme la nécessité de combattre la pression fiscale qui va s’exercer sur les citoyennes et citoyens (pauvres et de classe moyenne) du Nord, au nom de la lutte contre le changement climatique. D’autre part le devoir de solidarité envers les victimes au Sud de la crise climatique (dont les réfugiés climatiques) a également été souligné.
Des activités d’éducation populaire menées par des citoyennes et citoyens, regroupées sous le nom « People Global Action on Climate Change » (PGACC), ont également été organisées en divers endroits de la ville. Ces activités (séminaires, conférences, marches, conférences de presse...) continueront jusqu’au 8 octobre, date à laquelle prendront fin les négociations de Bangkok.

Mardi 29 septembre, un forum sur la dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :


- La « dette du carbone ». C’est la dette accumulée en raison de la pollution atmosphérique disproportionnée due aux grandes émissions de gaz de certains pays industriels, avec, à la clé, la détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation de l’effet de serre.

- La « biopiraterie ». C’est l’appropriation intellectuelle des connaissances ancestrales sur les semences et sur l’utilisation des plantes médicinales et d’autres végétaux par l’agro-industrie moderne et les laboratoires des pays industrialisés qui, comble de l’usurpation, perçoivent des royalties sur ces connaissances.

- Les « passifs environnementaux ». C’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles, grevant de surcroît les possibilités de développement des peuples lésés : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines et génétiques.

- L’exportation vers les pays les plus pauvres de produits dangereux fabriqués dans les pays industriels.

Dette écologique et dette extérieure sont indissociables. L’obligation de payer la dette extérieure et ses intérêts impose aux pays débiteurs de réaliser un excédent monétaire. Cet excédent provient pour une part d’une amélioration effective de la productivité et, pour une autre part, de l’appauvrissement des populations de ces pays et de l’abus de la nature. La détérioration des termes de l’échange accentue le processus : les pays les plus endettés exportent de plus en plus pour obtenir les mêmes maigres recettes tout en aggravant mécaniquement la pression sur les ressources naturelles.
a réuni la plupart des acteurs sociaux non accrédités aux négociations. Parmi les orateurs et oratrices de ce forum figurait Angelica Navarro, la diplomate qui a conduit la délégation officielle de Bolivie à ces négociations. Son intervention a rappelé la position officielle de la Bolivie sur la dette écologique - position très proche de celles des mouvements sociaux - et sur la nécessité d’amplifier les soutiens sur cette question dans les pays du Sud, notamment en Afrique.
Ensuite des délégués non gouvernementaux ont fait des interventions sur les enjeux de la reconnaissance de la dette climatique par les pays du Nord et du Sud et sur la question des réparations. A la suite de ces présentations, les délégués de chaque pays ont été invités à présenter les expériences de leurs pays en matière de dette écologique. Le tour d’horizon a été complet. Notons que trois points avaient été oubliés lors des discussions : l’esclavage, les deux guerres mondiales et l’assassinat systématique depuis les indépendances des leaders du Tiers Monde porteurs de vrais projets de développement et de libération. L’importance de la prise en compte de l’esclavage dans la question de la dette écologique a été souligné car la plupart des personnes présentes limitaient, jusqu’à présent, leur analyse à la question coloniale.

Une mobilisation de Bangkok à Copenhague

Dès 9h00, ce jeudi 1er octobre, les manifestants ont organisé une marche entre le monument du 14 octobre 1973 (quartier général des rencontres des mouvements sociaux) et l’UN ESCAP (United Nation Economics and Social Commission for Asia and Pacific) où se tient la conférence des Nations Unies.
Pendant près de trois heures, dans une ambiance animée par des tambours thaïlandais, près d’une centaine de personnes ont défilé et protesté devant l’UN ESCAP contre les tenants du système économique responsables des désastres écologiques et climatiques. Lors de ce rassemblement, on pouvait lire sur les nombreuses banderoles : « Change the system, Not the climate », « Stop denying your historical responsability, stop denying climate debt », « Reparation Now », « World Bank and ADB out of the negociation ».  [1]

Si le nombre de manifestants était assez faible, cette marche, sur une des artères principales de la ville, a connu un impact très important, qui ne sera sans doute pas relayé par les agences de presse internationales et les organes de presse thaïlandais présents. Des milliers de personnes, automobilistes, touristes et curieux, ont entendu le message. Les policiers, qui au début n’étaient pas coopératifs, ont fini par faciliter énormément le déroulement de la manifestation en bloquant la circulation par endroits, ce qui a permis d’avoir une plus grande visibilité.

Arrivés devant l’UN ESCAP, des délégués de certains pays du Sud et des organisations non gouvernementales accréditées ont rejoint les manifestants pour marquer leur soutien. On note qu’il n’y avait pas de délégués officiels africains. En revanche les officiels latino-américains, particulièrement les boliviens, étaient présents au côté des manifestants.

La mobilisation sur les enjeux écologiques et sociaux doit se maintenir et s’amplifier jusqu’à Copenhague. Les mouvements sociaux doivent continuer de répondre présent, car les membres de la communauté internationale n’apporteront pas de réelles solutions : cela impliquerait de sortir de la logique de profit, chose qu’ils ne sont pas encore prêts à concéder. Ne leur laissons pas le choix !




Samir Abi (ATTAC Togo)

Notes

[1« Changer le système pas le climat », « Arrêtez de nier vos responsabilités historiques et la dette climatique », « Des réparations maintenant » « La Banque Mondiale et la Banque asiatique de développement, hors des négociations »

Samir Abi

ATTAC-CADTM Togo

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