La Conférence de Porto Alegre et le défi d’affronter l’extrême droite

La Conférence internationale antifasciste se tiendra du 17 au 19 mai dans le cadre d’une initiative unitaire associant le PSOL, le PT, le MST de la capitale de l’Etat du Rio Grande do Sul et plusieurs autres organisations et mouvements sociaux.

2 avril par Israel Dutra , Roberto Robaina


La convocation de la 1re Conférence internationale antifasciste contre l’extrême droite fait suite à une initiative internationale PSOL et du PT de Porto Alegre. Plusieurs organisations internationales ont déjà adhéré á l’initiative et le Mouvement des sans-terre (MST) a pris place dans l’organisation de l’événement. Nous suivons avec enthousiasme les confirmations qui nous parviennent et l’avancée des préparatifs.
La conférence qui aura lieu du 17 au 19 mai, sera organisées autour de panels thématiques, d’activités autonomes et une grande marche d’ouverture.



Les raisons de s’opposer à l’extrême droite ne manquent pas au Brésil et dans le monde. En cette semaine qui marque le 60e anniversaire du coup d’État contre-révolutionnaire [Brésil, 1964] qui a donné naissance à la dictature, la polarisation avec le bolsonarisme reste un point central de la situation : qu’il s’agisse de l’affaire Marielle Franco, dont les mandataires de l’assassinat en 2018 viennent d’être arrêtés, de la lutte des auteurs de la tentative de putsch de décembre/Janvier pour l’amnistie et contre l’arrestation de Bolsonaro ou de la nécessaire réponse venue de la rue et du mouvement de masse.

Sur la scène internationale, Netanyahou est en première ligne pour promouvoir la barbarie à Gaza et l’extrême droite cherche à se renforcer dans différents pays. Nous devons arrêter la main de l’extrême droite et discuter des différentes tactiques pour l’affronter à la fois sur le terrain institutionnel et (surtout) sur le terrain de la mobilisation populaire. L’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
des masses, dans la rue, est le principal levier pour mettre le fascisme sur la défensive dans différentes régions.

Visitez le site antifas.org et participez à la 1re Conférence Internationale Antifasciste : du 17 au 19 mai 2024, à Porto Alegre

L’extrême droite, c’est la dictature, le génocide et la torture

En cette date qui nous renvoie au début de la dictature militaire, qui a duré 21 ans, la société débat des crimes commis par les militaires, avec des assassinats, des arrestations et des tortures. Les militaires cherchent à nier ce qui s’est passé, en s’appuyant sur l’absence de Justice transitionnelle, afin de préparer de nouvelles tentatives pour mettre fin à la démocratie libérale dans le pays. Le complot du 8 janvier et le rôle joué par les milices en tant que bandes paramilitaires démontrent à l’évidence la capacité d’action de ce secteur.

Dans l’Argentine voisine, Milei a publié une vidéo institutionnelle niant la disparition de 30 000 Argentins, pourtant reconnue par les tribunaux et l’État argentin après des années de lutte des mères et des grands-mères de la Plaza de Mayo, ainsi que de diverses organisations de défense des droits de l’homme.

Il n’y a pas de coïncidence dans l’articulation et la rhétorique des deux secteurs de l’ultra-droite dans nos pays : ils défendent le même projet : la dictature, le génocide et la torture. Que ce soit dans les années de la dictature brésilienne, sous le Chili de Pinochet ou dans l’Argentine de la « junte militaire ». Ou ce à quoi nous assistons en direct, la dévastation et le génocide de plus de 32 000 personnes - principalement des femmes et des enfants - dans la bande de Gaza.

L’esprit de Porto Alegre

L’extrême droite s’organise dans le cadre d’événements et de réunions internationales. La récente réunion du CPAC aux États-Unis, qui a rassemblé des figures telles que Milei et le président salvadorien Bukele, a montré que ce secteur prépare une nouvelle offensive internationale, et que la principale menace est une victoire de Trump aux prochaines élections. En juillet, une réunion de la CPAC est prévue au Brésil, confirmant le rôle du pays comme centre de cette articulation réactionnaire.

Et pourtant, clairement, il n’y a pas d’articulation internationale, même embryonnaire, des forces qui s’opposent à cette escalade de l’extrême droite. L’appel de Porto Alegre est un premier pas, encore initial, pour rassembler les forces qui veulent amorcer une articulation. Et pour développer les conditions permettant d’envisager des réunions plus importantes et plus larges à l’avenir.

Au début du siècle, Porto Alegre a été un point de rencontre pour les mouvements anti-globalisation Globalisation (voir aussi Mondialisation) (extrait de Chesnais, 1997a)

Origine et sens de ce terme anglo-saxon. En anglais, le mot « global » se réfère aussi bien à des phénomènes intéressant la (ou les) société(s) humaine(s) au niveau du globe comme tel (c’est le cas de l’expression global warming désignant l’effet de serre) qu’à des processus dont le propre est d’être « global » uniquement dans la perspective stratégique d’un « agent économique » ou d’un « acteur social » précis. En l’occurrence, le terme « globalisation » est né dans les Business Schools américaines et a revêtu le second sens. Il se réfère aux paramètres pertinents de l’action stratégique du très grand groupe industriel. Il en va de même dans la sphère financière. A la capacité stratégique du grand groupe d’adopter une approche et conduite « globales » portant sur les marchés à demande solvable, ses sources d’approvisionnement, les stratégies des principaux rivaux oligopolistiques, font pièce ici les opérations effectuées par les investisseurs financiers, ainsi que la composition de leurs portefeuilles. C’est en raison du sens que le terme global a pour le grand groupe industriel ou le grand investisseur financier que le terme « mondialisation du capital » plutôt que « mondialisation de l’économie » m’a toujours paru - indépendamment de la filiation théorique française de l’internationalisation dont je reconnais toujours l’héritage - la traduction la plus fidèle du terme anglo-saxon. C’est l’équivalence la plus proche de l’expression « globalisation » dans la seule acceptation tant soit peu scientifique que ce terme peut avoir.
Dans un débat public, le patron d’un des plus grands groupes européens a expliqué en substance que la « globalisation » représentait « la liberté pour son groupe de s’implanter où il le veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales »
ou, comme on les appelait à l’époque, les « altermondialistes ». Les Forums sociaux mondiaux ont été un succès, combinant différentes expériences après le reflux général des années 1990. Ils ont rassemblé les processus de lutte les plus radicalisés - qui ont eu lieu lors des manifestations de Seattle et de Gênes, par exemple - et les expériences latino-américaines, comme l’événement organisé par le mandat de Luciana Genro avec Hugo Chávez ou la manifestation de soutien à l’Argentinazo, qui s’est terminée par l’installation d’une plaque à la mémoire des personnes tuées lors de la rébellion populaire de décembre 2001.

Les limites de la stratégie et la cooptation par les gouvernements ont fait que les Forums n’ont pas maintenu leur caractère du début. Aujourd’hui, il existe des articulations et des forums régionaux, mais ils n’ont pas la force, cependant, qui s’était exprimée au début du 21e siècle. Notre défi aujourd’hui est de revenir à « l’esprit de Porto Alegre » pour faire face au fascisme qui surgit.

Combattre l’extrême droite

Notre politique consiste à affronter l’extrême droite, en premier lieu dans la rue. Pour cela, il faut lier les questions concrètes comme la lutte anti-milice, qui pourrait faire un bond en avant après l’arrestation des auteurs de l’assassinat de Marielle Franco, et la lutte contre l’amnistie des putschistes d’hier et d’aujourd’hui.

En termes d’agitation, il s’agit de consolider et d’élargir l’appel lancé par le PT (Parti des Travailleurs du Brésil), le PSOL (Parti Socialisme et Liberté au Brésil) et maintenant le MST (Mouvement des sans terres) à Porto Alegre, pour faire de la 1re Conférence antifasciste un espace d’articulation pour affronte dans l’unité, l’extrême droite.

Sur le plan de la propagande, signalons la nouvelle édition de la revue Movimento, qui consacre un dossier spécial au 60e anniversaire du coup d’État militaire, avec une série d’interviews et d’articles qui reflètent la nécessité de lutter, aujourd’hui encore, pour la justice et les réparations contre les criminels du régime de 64.

Notre tâche principale est d’unir nos forces dans cette lutte unitaire autour de la Conférence - qui doit être la plus large possible - comme un pas en avant dans la lutte antifasciste, la plus importante de notre génération.

Source Revista Movimento.


Israel Dutra

Israel Dutra é sociólogo, Secretário de Movimentos Sociais do PSOL, membro da Direção Nacional do partido e do Movimento Esquerda Socialista (MES/PSOL)

Roberto Robaina

é dirigente do PSOL e do Movimento Esquerda Socialista (MES), editor da Revista Movimento e vereador de Porto Alegre

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