Le Zimbabwe est pris dans l’étau de ses dettes

6 janvier par Fanny Pigeaud


Harare, Zimbabwe (CC - Flickr - Gary Bembridge)

Le Zimbabwe traverse sa plus grave crise économique et sociale depuis dix ans. Il a absolument besoin d’un soutien de l’extérieur. Mais ayant des arriérés de paiement, il n’a droit à aucun crédit des Occidentaux. Or, pour certains citoyens, une partie de ses dettes sont « illégitimes » et devraient être annulées.

Le Zimbabwe a peu fait parler de lui sur la scène internationale ces derniers mois. Pourtant, il est dans un état catastrophique, confronté à sa plus grave crise économique et sociale depuis dix ans. Pour s’en sortir, il a désespérément besoin d’aides financières extérieures. Mais il est pris dans le piège de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
 : les institutions internationales refusent de lui accorder des crédits car elles estiment qu’il a trop d’impayés à leur égard.

Les graves difficultés de cet ex-grenier de l’Afrique australe découlent « de la destruction de l’agriculture à grande échelle opérée à partir de 2000 et du déclin de l’industrie », rappelle Derek Matyszak, consultant en gouvernance. « Avant cela, le Zimbabwe avait une économie fondée sur l’agriculture. La base de revenus du gouvernement s’est rétrécie proportionnellement à l’économie. Le gouvernement n’a pas réduit ses dépenses en conséquence et, après 2013, il a enregistré des déficits budgétaires massifs. »

Le gouvernement a financé ces déficits par l’émission d’obligations Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
d’État. Mais son système, qui ressemblait fort à un schéma de Ponzi, a fini par complètement dérailler. Au même moment, le pays a été victime d’une sévère sécheresse et du cyclone Idai, lesquels ont eu des conséquences très néfastes sur le monde agricole.

Aujourd’hui, tous les indicateurs du Zimbabwe, dirigé par Emmerson Mnangagwa depuis qu’il a écarté Robert Mugabe fin 2017, sont alarmants, pour ne pas dire affolants : baisse de la production agricole, manque de devises, dépréciation Dépréciation Dans un régime de taux de changes flottants, une dépréciation consiste en une diminution de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux autres monnaies due à une contraction de la demande par les marchés de cette monnaie nationale. de la monnaie nationale (depuis février, elle a perdu 83 % de sa valeur par rapport au dollar américain), hyperinflation (300 % sur un an selon le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, plus de 900 % selon d’autres sources, soit le taux le plus élevé du monde après celui du Venezuela), pénuries de carburant, d’eau et d’électricité (les coupures de courant peuvent durer 18 heures par jour), etc. « La situation est comparable à celle de la crise économique de 2007-2008, à la seule différence que les magasins de détail ne sont pas vides comme en 2008, mais les marchandises sont hors de portée de beaucoup », dit un habitant de Harare, la capitale.

La dette du pays est aussi très élevée : fin 2018, elle représentait 90 % du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
, dont 55 % de dette externe (soit environ 7,5 milliards de dollars américains). Constituée à plus de 70 % d’arriérés et de pénalités pour non-paiement, ce qui est énorme, cette dette externe est détenue par des créanciers multilatéraux et bilatéraux, dont le Club de Paris Club de Paris Créé en 1956, il s’agit du groupement d’États créanciers (22) spécialisés dans la normalisation des défauts de paiement des PED. Depuis sa création, la présidence est traditionnellement assurée par un Français - en 2019, c’est la directrice du Trésor français, Odile RENAUD BASSO, qui en assure la présidence. Les États membres du Club de Paris ont rééchelonné la dette de près de 90 pays en développement. En 2019, les membres du Club de Paris détiennent plus de 10 % du stock de la dette du Tiers Monde.

Les liens entre le Club de Paris et le FMI sont extrêmement étroits ; ils se matérialisent par le statut d’observateur dont jouit le FMI dans les réunions - confidentielles - du Club de Paris. Le FMI joue un rôle clé dans la stratégie de la dette mise en œuvre par le Club de Paris qui s’en remet à son expertise et son jugement macro-économiques pour mettre en pratique l’un des principes essentiels du Club de Paris : la conditionnalité.

Réciproquement, l’action du Club de Paris préserve le statut de créancier privilégié du FMI et la conduite de ses stratégies d’ajustement dans les pays en voie de développement.

Site web :
. Les arriérés dus aux institutions financières internationales (Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, Banque africaine de développement et Banque européenne d’investissement) s’élèvent à 2,6 milliards de dollars.

Si l’endettement n’était pas si lourd, l’effondrement ne serait probablement pas aussi massif. « Le fardeau de la dette est un élément central de la situation économique actuelle », estime John Maketo, de la coalition zimbabwéenne Dette et développement (Zimcodd). Le problème n’est pas nouveau : le pays est pris dans un véritable engrenage depuis plusieurs décennies.

Lorsque l’ancienne Rhodésie du Sud est devenue le Zimbabwe, en 1980, après une guerre civile, ce dernier a hérité d’une dette d’environ 700 millions de dollars contractée par le régime rhodésien de Ian Smith pour acheter des armes. Afin de rembourser ce crédit et de relancer l’économie, Harare avait dû procéder à de nouveaux emprunts. À la fin des années 1980, l’État consacrait un quart de ses recettes au remboursement de sa dette.

Évidemment, les gouvernements successifs ont une importante part de responsabilité. « Ils ont emprunté et dépensé de façon irresponsable », souligne John Maketo. Ils n’ont pas respecté le taux d’endettement fixé par la Constitution, soit 70 % du PIB, et il est arrivé qu’ils ne demandent pas l’approbation du Parlement comme ils auraient dû le faire.

Mais les prêteurs ont eux aussi agi de manière inconsidérée, en accordant « des prêts à une économie en difficulté à des fins de consommation » ou pour des usages douteux, précise John Maketo. Il cite le cas d’un prêt de Londres qui a permis au gouvernement, dans les années 1990, d’acheter des équipements pour la police, utilisés contre l’opposition. Une telle dette est « illégitime et odieuse » et les bailleurs de fonds concernés devraient l’annuler, ainsi que toutes celles entrant dans la même catégorie, juge la coalition Dette et développement.

Cette dernière met tout particulièrement en cause le FMI et la Banque mondiale. Contre des prêts, ces institutions financières internationales ont imposé au Zimbabwe, dans les années 1990, des conditionnalités aux conséquences dévastatrices : le pays avait été contraint de libéraliser son économie et de réduire ses dépenses publiques, ce qui, combiné à une corruption élevée, avait entraîné le ralentissement de sa croissance, rendu déficitaire sa balance commerciale Balance commerciale
Balance des biens et services
La balance commerciale d’un pays mesure la différence entre ses ventes de marchandises (exportations) et ses achats (importations). Le résultat est le solde commercial (déficitaire ou excédentaire). Si l’on tient compte également des opérations sur les services, comme les frais de transports, les commissions bancaires, les frais d’assurances, les achats et vente de brevets ou les versements de redevances, on obtient alors la balance des biens et services. Elle inclut aussi les dépenses des touristes, et les paiements de salaires, d’intérêt et de dividendes à des étrangers ou de la part d’étrangers.
et fait augmenter la pauvreté et le chômage. Le gouvernement avait été de ce fait confronté à une contestation de plus en plus forte et avait, en retour, augmenté ses moyens de répression.

« À partir de ce moment, le Zimbabwe est devenu de plus en plus incapable d’assurer le service de sa dette et les arriérés ont commencé à s’accumuler », indique John Maketo. Les bailleurs de fonds ont cessé de lui fournir de l’argent à partir de 2000. Le pays a dû se reporter sur l’emprunt intérieur – la dette domestique représente actuellement 35 % du PIB.

Aujourd’hui, la dette a l’effet d’une double peine. Comme la Banque mondiale l’admet elle-même, la situation économique est telle qu’en l’absence d’un « soutien international », les « défis macroéconomiques » du Zimbabwe pourraient « persister ». Concrètement, le pays a un besoin urgent d’argent de l’extérieur pour se relancer, analyse un économiste : « Le cadre est le suivant : asphyxie financière extérieure + structure de production cassée + État faible + perte de confiance en la monnaie domestique + choc météorologique. Puisque la monnaie zimbabwéenne ne fonctionne pas, le pays a aujourd’hui besoin d’argent frais venant de l’extérieur pour assurer ses importations essentielles, relancer l’agriculture, l’industrie et les exportations minières… »

Or, les institutions financières internationales ne semblent pas vouloir fournir l’aide nécessaire, laquelle pourrait par exemple prendre la forme d’une annulation partielle ou totale de la dette, comme le demande la coalition Dette et développement. À la question de savoir si cette option était envisageable, la Banque mondiale a simplement répondu à Mediapart qu’elle était « déterminée » à aider « le peuple zimbabwéen à atteindre ses objectifs de développement durable ». Elle a ajouté : « Notre engagement se limite actuellement au dialogue stratégique, à l’assistance technique, au travail d’analyse et au soutien d’urgence en réponse au cyclone Idai. Le groupe de la Banque mondiale continue de consulter le Fonds monétaire international et d’autres partenaires de développement afin d’établir une plateforme commune pour que les institutions financières internationales puissent reprendre leurs activités au Zimbabwe. »

De manière générale, les bailleurs de fonds occidentaux, multilatéraux comme bilatéraux, suivent la politique dictée par le FMI : tant que le pays n’aura pas apuré tous ses arriérés, ils ne lui accorderont aucun crédit. Le fait que Harare ait totalement remboursé le FMI en 2016, soit 107,9 millions de dollars payés, n’est pas suffisant.

Cela permet en revanche au FMI de botter en touche lorsqu’il est interrogé sur l’idée d’une annulation d’une partie des dettes zimbabwéennes : « Le Fonds n’est partie à aucun accord de prêt multilatéral ou bilatéral du Zimbabwe ; nous ne sommes donc pas en mesure de commenter ou de suggérer comment un pays devrait restructurer sa dette », a-t-il déclaré par écrit à Mediapart. Avant de préciser : « D’après les déclarations publiques du gouvernement du Zimbabwe, le FMI croit comprendre qu’il espère accélérer le réengagement avec les créanciers multilatéraux et bilatéraux en vue de parvenir à un consentement mutuel sur un accord concernant le traitement de la dette extérieure du Zimbabwe. »

Depuis ses débuts, en septembre 2018, le gouvernement actuel s’est en effet employé à satisfaire ses « partenaires » occidentaux en cherchant les moyens de les rembourser, avec l’espoir d’obtenir de nouveaux fonds : il a conçu un programme drastique, consistant à réduire ses dépenses (suppression de subventions sur des produits de base, réduction des dépenses sociales, etc.), à privatiser des entreprises publiques… Il s’est aussi engagé à améliorer le « climat des affaires » et a procédé à des indemnisations de riches fermiers blancs touchés par la controversée « réforme agraire » du début des années 2000, tout en essayant de reprendre en main sa monnaie. Le FMI surveille de près ces réformes, par le biais d’un Staff Monitored Program (un programme sans financement), signé avec le gouvernement en mai 2019.

Les mesures mises en œuvre n’ont toutefois pas permis jusqu’à présent d’atteindre l’objectif de remboursement. « Nous avons besoin d’une sorte de prêt relais ou d’une facilité parce que nous n’avons pas assez de ressources pour être en mesure d’apurer tous les arriérés. Nous avons besoin d’environ un milliard de dollars pour combler la dette due à la Banque mondiale et à la BAD [Banque africaine de développement] », a expliqué en septembre Mthuli Ncube, le ministre des finances du gouvernement du Zimbabwe.

En juin, le gouvernement avait eu recours à une solution d’urgence : il avait fait un emprunt auprès de la banque africaine Afreximbank, gagé sur de futures exportations d’or et de diamant. Une option risquée, qui a déplu au FMI : « Bien que ce prêt soit nécessaire pour aider les autorités à faire face à la crise économique et humanitaire, il a le potentiel pour compliquer davantage les négociations avec les créanciers extérieurs pour rétablir la viabilité de la dette », a-t-il fait savoir.

Harare, qui est aussi endetté, mais dans une moindre mesure, auprès de la Chine, son premier partenaire commercial, n’a pas non plus obtenu la levée des sanctions contre des personnalités et des entreprises nationales, décidées par les États-Unis du temps de Robert Mugabe pour non-respect des droits humains. Or, selon Mthuli Ncube, elles ont un impact sur l’économie. « Certaines entreprises ont eu des difficultés à effectuer des paiements internationaux. Certaines ont dû payer des amendes, ce qui a affecté leur situation financière », a-t-il entre autres affirmé fin octobre, soutenu par les pays de la région.

En revanche, l’orientation prise par le gouvernement, avant tout favorable aux entreprises, a un coût exorbitant pour les pauvres, observe l’économiste Masimba John Manyanya. En l’espace de quelques mois, sa politique a contribué à creuser davantage les inégalités. Le secrétaire général du parti communiste zimbabwéen, Ngqabutho Mabhena, expliquait en mars 2019 : « Le gouvernement cherche à résoudre la crise économique en réduisant les salaires réels des travailleurs, ainsi que l’allocation budgétaire, puis en utilisant les coûts ainsi dégagés pour le service de la dette Service de la dette Somme des intérêts et de l’amortissement du capital emprunté. extérieure. Ces dettes, dont celle du Fonds monétaire international, n’ont pas contribué à améliorer le sort de la classe ouvrière, qui est maintenant écrasée pour financer son remboursement. »

Jamais la politique menée par un gouvernement zimbabwéen n’avait été aussi « néolibérale », commente Masimba John Manyanya. Le ministre des finances Mthuli Ncube, ancien cadre de la Banque africaine de développement (BAD), « taxe massivement les pauvres tout en réduisant les impôts des riches et des conglomérats miniers ». « C’est sûrement de l’austérité sous stéroïdes ! », ajoute-t-il.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’extrême pauvreté est passée de 29 % en 2018 à 34 % en 2019, soit une augmentation de 4,7 à 5,7 millions de personnes (le pays compte 16 millions d’habitants), d’après la Banque mondiale. Près de 2,2 millions de personnes ont aujourd’hui besoin d’une aide alimentaire. Certains secteurs sont paralysés par des mouvements sociaux : une partie des médecins du secteur public sont en grève depuis septembre pour réclamer la revalorisation de leur salaire, qui a perdu en quelques mois plus de 1 500 % de sa valeur.

Comme dans le passé, les autorités se montrent violentes à l’égard des contestataires. « La situation des syndicats est aujourd’hui plus précaire que sous Mugabe », a dénoncé en mars Japhet Moyo, un leader syndicaliste, affirmant que « les dirigeants syndicaux sont la cible d’arrestations et de détentions ». En janvier, c’est l’armée qui a été chargée de mater des manifestations contre une hausse du prix du carburant. Au moins une douzaine de personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées par balles.

Masimba John Manyanya ne voit rien de bon pour la suite : « Le Zimbabwe est dans une impasse néolibérale dont il ne pourra sortir facilement. La tragédie, c’est que les dirigeants manquent de créativité ou d’enthousiasme pour suivre des orientations politiques alternatives. Cela signifie que l’avenir s’annonce dur pour les travailleurs et les paysans pauvres, et ce d’autant plus que la classe dirigeante cherchera par tous les moyens à conserver le pouvoir. Le fossé se creusera davantage entre les dirigeants et les gouvernés, le mécontentement ira croissant, tout comme l’instabilité politique et sociale. »


Avec l’aimable autorisation de l’autrice.