La Banque mondiale : le coup d’État permanent

21 décembre 2023 par Eric Toussaint , Jean-Marie Harribey , La clé des ondes


Eric Toussaint (à droite) et J. M. Harribey (ATTAC 33)

Mardi 7 novembre 2023, Eric Toussaint, cet infatigable chercheur, militant, conseiller auprès d’Etats endettés, porte parole du CADTM International (Comité pour l’Abolition des Dettes Illégitimes ), était l’invité à la librairie George de Talence, d’ATTAC 33, pour présenter son dernier livre « Banque mondiale : une histoire critique » aux éditions Syllepse.



Écouter le podcast de la conférence ici.

Une institution créée en 1944, au service de l’impérialisme des Etats-Unis… De son nom complet, Banque Internationale pour la reconstruction et le Développement , elle est tout de suite, grâce à la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, un outil de diffusion du capitalisme libéral et de domination des Etats du Nord industrialisés sur les Etats du Sud pourvoyeurs de matières premières, de sources d’énergie et de produits agricoles bruts.

Le coup d’Etat permanent. Pour empêcher les Etats d’Amérique latine et ceux nouvellement indépendants de s’autonomiser, de s’industrialiser et faire concurrence aux Etats-Unis et aux puissances du Nord, des crédits sont généreusement distribués à condition de rentrer dans le rang.

La dette nourrit la dette. C’est l’engrenage mortifère bien connu qui consiste à emprunter pour rembourser et qui livre pieds et poings liés, les Etats du sud à leurs créanciers du Nord.

Le consensus de Washington. Avec la crise des années 1980, les taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5 millions de dollars, donc en tout 15 millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
augmentent et les crédits ne sont plus accordés qu’à la condition pour les Etats débiteurs de faire des réformes et des ajustements structurels draconiens et odieux : suppression des droits de douane, fin des subventions aux secteurs vitaux, dérégulations, privatisations, moins d’Etat… qui entrainent pauvreté, précarité et révoltes.

Trois grandes expériences d’audit d’Etat pour annuler la dette. Eric Toussaint a été conseiller de l’Equateur en 2007-2008 (avec succès), du Paraguay en 2008, de la Grèce après la victoire de Siriza en 2015.

Urgence climatique : retard à l’allumage. La prise de conscience a lieu à partir de 2006 mais n’empêche toujours pas aujourd’hui, l’octroi de crédits à l’industrie extractiviste, polluantes, tout cela dans un enfumage de greenwashing intense.

La banque des BRICS BRICS Le terme de BRICS (acronyme anglais désignant Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) a été utilisé pour la première fois en 2001 par Jim O’Neill, alors économiste à la banque Goldman Sachs. La forte croissance économique de ces pays, combinée à leur position géopolitique importante (ces 5 pays rassemblent près de la moitié de la population mondiale sur 4 continents et près d’un quart du PIB mondial) font des BRICS des acteurs majeurs des activités économiques et financières internationales. , la Nouvelle banque de Développement, un espoir ? Non hélas, elle n’est pas un modèle alternatif, elle fournit en particulier des crédits pour des activités extractivistes primaires exportatrices pour alimenter la Chine, nouvelle puissance impérialiste.

Un autre système d’aide au développement est possible… avec des crédits à l’usage des Etats du Sud, avec un financement des pays les plus riches et des remboursements à taux zéro.

« Banque mondiale : une histoire critique » Eric Toussaint.
Editions syllepse. Janvier 2022. 536 pages. 25 €

Références musicales : Deux artistes parmi les 22 qui ont participé à l’album « Drop The Debt » (« Annulons la dette »). Sorti chez World Village France en 2002.

El Hadj N’Diaye : « Boor YiI » (« Annulons la dette »)
Zêdess : « Cadeau empoisonné »


Eric Toussaint

Docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres, Banque mondiale - Une histoire critique, Syllepse, 2022, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2020, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.

Autres articles en français de Eric Toussaint (1071)

Jean-Marie Harribey

ancien Professeur agrégé de sciences économiques et sociales et Maître de conférences d’économie à l’Université Bordeaux IV.
Jean-Marie Harribey est chroniqueur à Politis. Il anime le Conseil scientifique d’Attac France, association qu’il a co-présidée de 2006 à 2009, il a co-présidé les Économistes atterrés de 2011 à 2014 et il est membre de la Fondation Copernic.

Autres articles en français de Jean-Marie Harribey (26)

Dans la même rubrique