24 octobre 2025 par ATTAC/CADTM Maroc

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L’année 2024-2025 s’inscrit dans une période d’intenses bouleversements politiques et humains au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La guerre d’extermination sioniste-impérialiste perpétrée contre le peuple palestinien à Gaza constitue le cœur de la tragédie en cours.
Des dizaines de milliers de Palestiniennes, majoritairement des femmes et des enfants, ont été tuées. Près de 90 % de la population de Gaza est aujourd’hui déplacée, confrontée à la destruction totale de ses infrastructures, à la faim, à la soif et à l’absence d’abris.
Ce génocide dépasse la seule dimension humanitaire : il influence profondément les équilibres politiques, économiques et géopolitiques de toute la région MENA. Il s’inscrit dans une stratégie de déstabilisation impérialiste menée notamment par les États-Unis, s’appuyant sur leurs alliés régionaux — les pétromonarchies du Golfe — ainsi que sur les régimes despotiques d’Afrique du Nord. Il aggrave les tensions, justifie les interventions militaires et garantit la mainmise sur les richesses fossiles de la région, tout en marginalisant les populations et en accentuant les crises économiques et sociales internes.
Sur le plan économique, la région MENA connaît un ralentissement généralisé de la croissance.
Selon les données de la Banque mondiale
Banque mondiale
BM
La Banque mondiale regroupe deux organisations, la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement) et l’AID (Association internationale de développement). La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies.
En 2022, 189 pays en sont membres.
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(avril 2025) :
Ces chiffres, malgré leurs limites, donnent une vue d’ensemble d’une stagnation structurelle liée à l’arriération économique, à la dépendance aux revenus tirés des exportations de matières premières, à la soumission aux politiques ultralibérales des institutions financières internationales (IFI) et à la nature despotique des régimes en place.
La région MENA est la plus inégalitaire au monde. Le niveau de vie moyen dans les pays riches du Golfe représente environ 45 % du niveau de vie américain, tandis que celui des pays en développement de la région se situe entre 12 % et 19 %.
Selon Forbes Middle East, le nombre total de milliardaires arabes en 2025 est de 38, cumulant environ 129 milliards de dollars US — soit 42 % du stock total de la dette
Dette
Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
extérieure de la région MENA (hors pays à revenu élevé), estimé à 308 milliards de dollars en 2023.
À titre d’exemple : le Liban compte 6 milliardaires totalisant 12,3 milliards de dollars ; l’Égypte, 5 milliardaires détenant 20,6 milliards ; et le Maroc, 3 milliardaires cumulant 4,7 milliards. Ces richesses, concentrées entre les mains d’une minorité liée aux rouages du pouvoir, contrastent avec les conditions de vie de millions de personnes privées de leurs droits socioéconomiques fondamentaux.
Le taux de chômage des jeunes (15-24 ans) dans la région MENA est estimé à 24,2 % en 2025. Dans les États arabes, ce taux atteint 27,7 %, l’un des plus élevés au monde.
L’emploi informel domine : plus de 90 % des jeunes travailleurs en Égypte et au Maroc sont employés sans contrat ni protection sociale. Les femmes sont particulièrement exclues : à peine 20 % d’entre elles accèdent à un emploi stable.
La région MENA reste enfermée dans un modèle de capitalisme arriéré et dépendant, forgé par le colonialisme et perpétué par les mécanismes néocoloniaux contemporains.
Les économies locales demeurent dépendantes de l’exportation de ressources naturelles (hydrocarbures, phosphates, produits agricoles ou halieutiques) à faible valeur ajoutée, tout en important des biens manufacturés et des technologies.
Depuis les années 1960, de nouveaux instruments d’asservissement ont remplacé le colonialisme direct : la dette, l’échange inégal et les politiques d’ajustement structurel. Les recettes libérales imposées par les IFI n’ont ni diversifié les économies ni favorisé l’investissement productif. Comparativement à d’autres pays émergents Pays émergents Les pays émergents désignent la vingtaine de pays en développement ayant accès aux marchés financiers et parmi lesquels se trouvent les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Ils se caractérisent par un « accroissement significatif de leur revenu par habitant et, de ce fait, leur part dans le revenu mondial est en forte progression ». comme l’Inde ou l’Indonésie, les pays arabes ont stagné, prisonniers d’une économie de rente et de régimes autoritaires.
Les régimes rentiers de la région — souvent militaro-sécuritaires et patrimoniaux — reposent sur la captation des ressources publiques par des réseaux familiaux et mafieux. La corruption, le népotisme et la privatisation clientéliste des secteurs stratégiques nourrissent la prédation des richesses et la répression politique.
Les institutions financières internationales continuent d’ignorer les revendications sociales et politiques exprimées lors des soulèvements du « printemps arabe » et maintiennent la région dans un cycle d’endettement et de dépendance, tout en facilitant le pillage des ressources par les multinationales.
Le stock de la dette Stock de la dette Montant total des dettes. extérieure de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient (hors pays à revenu élevé) est passé de 143 milliards de dollars US en 2011 à 308 milliards en 2023 (données de la Banque mondiale).
En 2023, le ratio dette/PIB
PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
des pays importateurs de pétrole de la région MENA était supérieur de 50 % à la moyenne mondiale des pays en développement.
Tunisie – Le FMI
FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.
À ce jour, 190 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).
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exerce depuis trois ans une forte pression pour imposer un programme d’austérité : suppression des subventions sur les produits de base ((carburants, denrées de base, électricité), gel des recrutements, réduction de la masse salariale publique et privatisations. L’institution exige la suppression totale des subventions d’ici 2026 comme condition préalable au décaissement du prêt de 1,9 milliard de dollars conclu en octobre 2022. Le président Kaïs Saïed refuse de les appliquer, non par principe, mais par crainte d’une explosion sociale rappelant les émeutes du pain des années 1980, alors même qu’il réprime violemment la société.
Le stock de la dette extérieure tunisienne est passée de 23 milliards de dollars en 2011 (51 % du PIB) à 42 milliards en 2023 (86 % du PIB). La dette publique totale représente environ 80 % du PIB tunisien.
Maroc – Présenté comme un « bon élève » par le FMI et la Banque mondiale, le pays a obtenu en avril 2023 un financement de 5 milliards de dollars au titre de la ligne de crédit modulable (LCM), renouvelée en 2025 pour 4,5 milliards. Entre 2012 et 2020, il avait déjà bénéficié de quatre accords successifs au titre de la ligne de précaution et de liquidité
Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
(LPL), d’environ 3 milliards chacun.
Le stock de la dette extérieure du Maroc est passée de 30 milliards de dollars en 2011 (27 % du PIB) à 70 milliards en 2023 (49 % du PIB). La dette publique totale représente 91 % du PIB.
Égypte – En mars 2025, le FMI a approuvé un financement supplémentaire de 1,3 milliard de dollars dans le cadre de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). Avec ce nouveau décaissement, les financements totaux atteignent 3,2 milliards de dollars dans le cadre d’un programme de 46 mois approuvé en 2022.
Le stock de la dette extérieure égyptienne est passée de 35 milliards de dollars en 2011 (15 % du PIB) à 168 milliards en 2023 (45 % du PIB). La dette publique totale atteint 96 % du PIB.
Le nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile (mai 2024) illustre une nouvelle forme de domination : l’externalisation de la répression migratoire vers les pays du Sud de la Méditerranée (Maroc, Tunisie, Mauritanie), où les migrantes subsahariennes sont refoulées, parfois abandonnées dans le désert.
Les conflits prolongés ont provoqué des déplacements massifs de population. En Syrie, près de 12 millions de personnes ont été déplacées ou réfugiées. En Irak, environ 1,1 million de personnes demeurent déplacées internes. Au Yémen, 4,5 millions ont fui les bombardements, la famine et l’effondrement des infrastructures essentielles.
L’Afrique du Nord et le Moyen-Orient figurent parmi les zones les plus exposées au dérèglement climatique.
La hausse des températures, la sécheresse et la désertification affectent directement la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance de millions de personnes.
Un enfant sur trois souffre de malnutrition. La dépendance accrue aux importations alimentaires rend la région particulièrement vulnérable à la volatilité des prix mondiaux.
La combinaison des crises mondiales — guerre en Ukraine, inflation
Inflation
Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donnée. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison.
, hausse des taux d’intérêt
Taux d'intérêt
Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5 millions de dollars, donc en tout 15 millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
, crise alimentaire —, du poids insoutenable de la dette, des guerres internes (Libye, Irak, Syrie, Yémen, Soudan) et du génocide à Gaza, plonge la région MENA dans une instabilité chronique.
Les régimes, prisonniers de la logique néolibérale et au service des classes dominantes, poursuivent leur prédation des richesses.
La domination impérialiste s’appuie sur un système intégré :
• Israël, bras armé du colonialisme et du sionisme ;
• Les pétromonarchies du Golfe, fournisseurs de pétrole et acteurs financiers majeurs ;
• Les régimes despotiques, garants de l’ordre intérieur ;
• Les institutions financières internationales, instruments de dépendance économique, où la dette joue un rôle central.
La question palestinienne demeure l’un des principaux fronts de résistance à ce bloc réactionnaire — non seulement dans la région, mais aussi à l’échelle mondiale. Soutenir le peuple palestinien, c’est défendre le droit des peuples à la souveraineté, à la dignité et à la vie.
Face à ce bloc réactionnaire, la lutte pour la justice sociale, la démocratie, la liberté, la dignité et la justice climatique s’impose comme un combat unique contre le capitalisme, le néocolonialisme et le patriarcat.
En 2024-2025, la région MENA a connu une vague significative de résistances populaires et sociales, mêlant revendications économiques, luttes pour les libertés publiques et solidarité avec la Palestine.
En Tunisie, l’UGTT (Union générale tunisienne du travail), malgré la ligne conciliante de sa direction, a maintenu une pression constante, organisant des grèves sectorielles (transports, santé, éducation) contre la vie chère et les politiques d’austérité.
Au Maroc, plusieurs grèves et protestations syndicales ont eu lieu dans les secteurs de l’éducation, de la santé, et des collectivités territoriales notamment contre la réforme des retraites et pour de meilleurs salaires. Des mobilisations ont aussi émergé contre l’accaparement des ressources en eau, comme à Figuig. Depuis fin septembre 2025, les manifestations du mouvement de jeunesse « GenZ212 » dénoncent les inégalités, le chômage et la détérioration des services publics, ainsi que le contraste entre les importants investissements dans de grands projets, notamment les infrastructures sportives, et les besoins élémentaires en matière de santé et d’éducation.
En Égypte, des grèves ouvrières ont touché les secteurs du textile et des transports, réclamant des hausses de salaires face à l’inflation. Bien que souvent localisés, ces mouvements sont particulièrement significatifs dans un contexte où toute grève est interdite.
Au Liban, malgré un climat d’apathie, des collectifs citoyens continuent d’organiser des sit-in et actions
Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
symboliques contre la corruption et l’incapacité de des classes dirigeantes à répondre aux besoins de la population.
Les réseaux sociaux constituent un espace de résistance numérique permettant de contourner la censure et de dénoncer la dégradation des conditions de vie. Des campagnes de boycott de produits jugés trop chers (au Maroc) ou liés à l’armée (en Égypte) s’y multiplient.
La région MENA traverse une période de crises imbriquées — politiques, économiques, sociales et écologiques — alimentées par la domination impérialiste et sioniste, le génocide en cours contre le peuple palestinien et les politiques néolibérales. Le CADTM et ses alliés ont un rôle crucial à jouer : analyser ces dynamiques, dénoncer les mécanismes d’oppression et soutenir les résistances populaires.
Le réseau CADTM doit se mobiliser autour de quatre priorités :
1. Amplifier et relayer les résistances locales, ancrées dans des revendications concrètes (eau, emploi, services publics), afin de renforcer leur impact et surmonter leur dispersion géographique et sectorielle.
2. Renforcer la féminisation des luttes en valorisant le rôle central des femmes, que ce soit dans les mobilisations sociales ou dans la solidarité internationale (avec la Palestine).
3. Relier de manière stratégique les revendications sociales (santé, éducation, emploi) aux combats politiques (contre l’autoritarisme, pour la démocratie) et internationaux, notamment la solidarité avec le peuple palestinien, pour créer une résistance globale et cohérente.
4. Soutenir les mouvements populaires face à la répression, en favorisant des solidarités transnationales capables de contester les régimes autoritaires.
Plus que jamais, il est indispensable de renforcer la visibilité du CADTM à travers des initiatives et des campagnes coordonnées et offensives : contre la dette, contre l’extrême droite, pour la justice climatique et pour la libération des peuples.
Omar Aziki
16 octobre 2025
membre du réseau CADTM, l’Association pour la Taxation des Transactions en Aide aux Citoyens au Maroc (ATTAC Maroc) a été créée en 2000. ATTAC Maroc est membre du réseau international du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) depuis 2006 (devenu Comité pour l’abolition des dettes illégitimes depuis juin 2016). Nous comptons 11 groupes locaux au Maroc. ATTAC veut être un réseau aidant à l’appropriation par les acteurs engagés dans l’activité sociale, associative, syndicale et plus largement militante des enjeux de la mondialisation sur les problématiques de résistance sociale et citoyenne.
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